Accéder au contenu principal

Sous le soleil



S'il est bien un mythe qui traverse l'histoire de l'Humanité, c'est bien le mythe solaire. Râ et Aton dans l'Égypte antique, Hélios dans le panthéon grec, Sol dans la mythologie romaine, ou encore Huitzilopochtli chez les Aztèques : le soleil déifié a accompagné de tout temps les hommes dans leur vie quotidienne, rythmant leurs journées et les saisons, apportant la vie avec son immense énergie, inépuisable, renouvelable. La seule dont a disposé l'humanité avant que celle-ci ne découvre le charbon, le gaz puis l'atome. En ce début de XXIe siècle, c'est donc comme un retour aux sources qu'opère l'Humanité en investissant de plus en plus dans cette énergie solaire millénaire en passe de devenir un enjeu majeur, à la fois énergétique, technologique, environnemental et géopolitique.

Face au réchauffement climatique et à l'urgence de limiter les émissions polluantes de gaz à effet de serre ou de CO2, les pays participants à la COP 21 en décembre 2015 à Paris ont lancé l'Alliance solaire internationale (ASI). Cet organisme vise à créer une plate-forme de coopération entre les pays développés disposant de technologies dans le solaire et les pays en développement situés entre les tropiques du Cancer et du Capricorne. Les 121 États entre ces deux tropiques bénéficient de 300 jours d'ensoleillement par an mais ne produisent pour l'heure que 23 % des capacités photovoltaïques. C'est dire la marge de progression qu'il reste à combler… et qui aiguise les appétits. L'Inde, troisième pollueur de la planète, s'est lancé dans un plan ambitieux de développement de l'énergie solaire, avec l'objectif de multiplier sa production par 25 en sept ans ! New Delhi vise à produire 40 % de son électricité à partir d'énergies renouvelables à l'horizon 2030. En Chine, où les grandes villes étouffent sous la pollution, le photovoltaïque est devenu un secteur de pointe. Et en 2015, l'Empire du milieu a pris la première place en termes de puissance photovoltaïque raccordée avec près de 43 GW, reléguant l'Allemagne à la deuxième place avec 40 GW. Surtout, les chinois ont pris la tête des fabricants de panneaux solaires : six des dix plus grands d'entre eux sont chinois…

Face aux ambitions asiatiques dans l'énergie solaire, il s'agit pour la France de renouer avec un secteur où elle a été pionnière… avant de tout miser sur la filière nucléaire. Et c'est d'ailleurs en Occitanie, en 1970, que notre pays s'était montré le plus en avance avec le four solaire d'Odeillo, près de Font-Romeu, l'un des plus grand du monde. Quatre décennies plus tard, il s'agit de retrouver cet esprit pionnier. Le gouvernement va lancer un groupe de travail sur l'énergie solaire, les Régions veulent jouer le jeu comme en Occitanie. Mais c'est surtout l'engouement populaire qui pourrait être le facteur déclenchant d'un développement massif. À cet égard, l'intérêt pour l'autoconsommation, la multiplication des projets montés avec du financement participatif montrent qu'il y a de l'avenir sous le soleil.

(Editorial publié dans La Dépêche du 15 juin 2018)

Posts les plus consultés de ce blog

La clé du conflit

L’ « opération spéciale » lancée par Vladimir Poutine le 24 février pour « libérer » les Ukrainiens du Donbass et au-delà, et « dénazifier » un pays prétendument aux mains de dirigeants corrompus devait être une Blitzkrieg rondement menée : en trois jours le pays devait tomber. Las ! Trois mois plus tard, la guerre qu’a déclenchée le maître du Kremlin est toujours bien présente avec son cortège d’horreurs et de malheurs, de crimes de guerre et de destructions de villes entières, véritablement rasées, de millions de réfugiés jetés sur les routes de l’exil et de morts par centaines. Vladimir Poutine pensait pouvoir réitérer ce qu’il avait fait en Crimée en 2014, une invasion militaire express sans résistance et la mise devant le fait accompli de la communauté internationale, qui n’avait alors que mollement protesté avec des sanctions économiques et financières quasiment indolores. Mais le président russe a sans doute préjugé de ses forces et mal compris que le monde qu’il rêve depuis lon

Question d'éthique

  Photo Pierre Challier Un scandale est parfois nécessaire pour qu’éclate au grand jour une vérité jusqu’alors tue, fût-elle bien connue d’un grand nombre d’acteurs, et que de salutaires changements s’opèrent, des réformes trop longtemps repoussées ne voient enfin le jour. Celui qui a touché le Centre du don des corps de l’Université Paris-Descartes en novembre 2019, lorsqu’un charnier a été découvert en son sein, est incontestablement de ceux-là. Pendant des années – l’instruction judiciaire déterminera depuis quand – les corps de défunts qui avaient choisi de leur vivant de se donner à la science ont été maltraités. Plusieurs documents, notamment photographiques, ont montré que cette maltraitance était devenue au fil des ans normalisée, voire institutionnalisée, au mépris de toutes les exigences éthiques et juridiques, au mépris, surtout, de la dignité que l’on se fait du corps humain et du respect que l’on doit à tout homme, y compris après sa mort. L’affaire a profondément choqué l

Artificiel

Le propre des crises est qu’elles sont autant des moments de bascule que de vérité et qu’elles révèlent que ce qui apparaissait impensable, incongru ou impossible ne l’était pas forcément. Ainsi lors de la crise du Covid-19, on a vu les 27 pays membres de l’Union européenne mettre de côté les sacro-saintes règles du traité de Maastricht – pas plus de 3 % de déficit public et 60 % d’endettement des États – pour permettre de surmonter la pandémie. Sous l’impulsion notamment de la France, les dogmes budgétaires ont été mis en pause afin de mutualiser de la dette au niveau européen et de bâtir un plan d’aides et de relance pour préserver les économies européennes. En sera-t-il de même avec un autre dogme européen, celui de la concurrence libre et non faussée, à l’occasion de la crise énergétique déclenchée par la guerre en Ukraine ? La question se pose à l’heure où les États doivent à la fois repenser leur mix énergétique en se passant des énergies fossiles russes et accélérer la transitio