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Risques et confiance

 

argent

Les chiffres sont impressionnants : 444 milliards d’euros déposés sur le Livret A au printemps 2025, plus de 2 000 milliards sur les assurances-vie. Jamais les Français n’ont autant mis de côté, comme si l’incertitude économique, la peur du lendemain et la défiance vis-à-vis des pouvoirs publics les poussaient à ériger un rempart de précaution. C’est que face à eux se trouve un État en quête de 44 milliards d’économies pour boucler son Budget 2026, oscillant entre mesures austéritaires et bricolages fiscaux. De ce face-à-face sourd une inquiétude : et si, demain, l’épargne devenait la nouvelle cible des politiques d’ajustement ?

Les Français n’ont pas oublié les législations changeantes ou les multiples coups de rabot qui ont jalonné les décennies, notamment sur le Livret A, ni le fait que dans certains pays voisins, la tentation a parfois existé de prélever directement sur les comptes bancaires au nom de l’intérêt général. En cette période de difficultés pour les comptes publics, il n’en fallait pas plus pour voir ressurgir le spectre d’une ponction forcée qui hérisse particulièrement les classes moyennes et populaires. Pour elles, l’assurance-vie, le livret A, le plan d’épargne retraite ne sont pas des produits financiers sophistiqués mais des filets de sécurité et l’incarnation d’une autonomie patiemment construite. Les enquêtes d’opinion le disent d’ailleurs clairement : 66 % des Français refusent toute taxation supplémentaire sur ces supports, 73 % rejettent l’idée que l’État oriente leur argent vers des causes imposées, fussent-elles nobles comme la Défense ou l’hôpital.

Le paradoxe est cruel pour la France, pays d’Europe qui épargne massivement, mais qui redoute à la fois de voir ses efforts captés par l’État et de prendre des risques pour mieux valoriser son argent. Résultat : des milliards dorment sur des supports faiblement rémunérateurs, quand l’économie réelle aurait besoin de financements.

Mais à qui la faute ? Aux épargnants frileux et précautionneux ou à des responsables publics qui, en évoquant à voix plus ou moins haute la mobilisation de cette manne, sèment l’angoisse plutôt que la confiance ? Dans un climat où l’on répète à l’envi que « l’économie de guerre » doit imposer des sacrifices et des efforts à tous, les Français se cabrent et la moindre allusion à un prélèvement obligatoire déclenche une levée de boucliers, alimentée par le sentiment d’être déjà trop sollicités.

L’État rêve d’un grand emprunt patriotique, d’un livret « Défense » ou « Hôpital ». Les Français, eux, préfèrent garder la main sur leurs bas de laine, conscients qu’au bout du compte, c’est toujours leur argent qui bouchera les trous. Et si, pour une fois, la puissance publique commençait par regagner la confiance plutôt que de menacer la seule certitude qui reste aux ménages, celle de rester maîtres de leur argent ?

François Bayrou, qui se pose en lanceur d’alerte sur la dette, aurait pu être celui qui redonne confiance, rassure les épargnants et esquisse une perspective partagée par tous pour mieux mobiliser l’épargne. Las ! À force d’asséner ses certitudes, il a raté le coche. Ce sera la tâche de son successeur de rebâtir la confiance.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 5 septembre 2025)

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