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Adroit, à droite

Attal


Ceux qui estimaient qu’Emmanuel Macron avait quasiment fait une déclaration de politique générale de Premier ministre lors de sa conférence de presse du 16 janvier et que Gabriel Attal ne serait finalement que le porte-parole des mesures détaillées par son mentor, en auront été pour leur frais. Hier à la tribune de l’Assemblée nationale, Gabriel Attal a voulu montrer que tout n’avait pas été dit, tout n’avait pas été explicité et qu’il entendait bien exercer pleinement ses prérogatives de chef du gouvernement et de la majorité.

Percuté par la colère paysanne, son discours – qui intervenait 21 jours après sa nomination, un record, et sans que son gouvernement ne soit au complet – a fait référence à plusieurs mesures spécifiquement destinées aux agriculteurs, mais c’est bien tous les thèmes qui font une politique globale qui ont été abordés : autorité, sécurité, emploi, école, logement, déserts médicaux, lutte contre la drogue, Service national universel, transition écologique, fin de vie… Rien ne semble avoir été oublié, et même de cibler sans le nommer le Rassemblement national.

Sans fioritures ni lyrisme, sauf une touche plus personnelle en conclusion – « Être Français en 2024, c’est pouvoir être Premier ministre en assumant ouvertement son homosexualité » – le rythme de mitraillette avec lequel Gabriel Attal a enchaîné les annonces par thématique laissait à peine le temps à sa majorité de l’applaudir et à ses oppositions de le contester.

En jeune homme pressé, lui qui a toujours maîtrisé sa communication aurait voulu illustrer la façon dont il entend dompter « l’enfer de Matignon » qu’il ne s’y serait pas pris autrement. Car à l’heure des réseaux sociaux qui ont considérablement accéléré le temps politique, le nouveau Premier ministre a voulu montrer aux Français que sa « méthode » ne se concevait que sans temps morts ni procrastination et que les phases de « dialogue » qu’il souhaite mener avec tous seraient suivies rapidement de décisions. « De l’action, de l’action, de l’action… » comme il l’avait promis au soir de sa nomination.

Dans notre baromètre politique Odoxa-La Dépêche publié mardi, ce « dynamisme », cette « ouverture au dialogue » sont autant de qualificatifs qu’attribuent les Français à Gabriel Attal. Mais 69 % voient aussi en lui un Premier ministre qui n’est pas « de gauche. » Et, de fait, au-delà de l’exercice plutôt maîtrisé sur la forme, sur le fond, le plus jeune Premier ministre de la Ve République s’est clairement ancré dans une droite conservatrice et libérale.

La suppression de l’allocation spécifique de solidarité (ASS) pour les chômeurs en fin de droits, l’annonce d’une nouvelle étape de la réforme du droit du travail, la semaine en quatre jours sans réduction du temps de travail, la généralisation du conditionnement du RSA à 15 heures d’activité d’ici 2025 et celle du SNU d’ici 2026, la réforme de l’Aide médicale d’État par voie réglementaire, sans oublier la « désmicardisation » ou la « débureaucratisation » : autant de marqueurs qui signent bien la fin du « en même temps » de 2017 et un net virage à droite.

Reste maintenant à savoir de quelles marges de manœuvre disposera réellement Gabriel Attal pour réaliser sa feuille de route. Car s’il s’est présenté hier en homme neuf adroit missionné pour « régénérer » le macronisme, il n’en reste pas moins le dépositaire de bientôt sept années de pouvoir de celui-ci…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 31 janvier 2024)

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