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Sous pression

bercy

Depuis que l’Insee a annoncé que le déficit public était de 5,5 % du PIB, bien loin des prévisions du gouvernement à 4,9 % et que la dette publique atteignait 110,6 % du PIB, la pression monte sur l’exécutif pour endiguer le dérapage des comptes publics… ou plutôt les pressions, venant de toutes parts, et ciblant notamment le dogme installé par Emmanuel Macron depuis 2017 du refus de créer de nouveaux impôts.

Pression des organismes et institutions d’abord. Avant les chiffres bruts de l’Insee, publiés le 26 mars, le rapport de la Cour des comptes a appelé, une nouvelle fois, à maîtriser les dépenses et à réaliser rien moins que 50 milliards d’euros d’économie d’ici 2027, quand le gouvernement peine à trouver 10 milliards d’euros d’économies cette année et 20 l’année prochaine. Hier, c’est le président délégué du Conseil d’analyse économique (CAE), organe placé auprès du Premier ministre, qui a estimé « absurde » de « refuser toute hausse d’impôts au vu de notre situation budgétaire. »

Pression politique ensuite, interne comme externe. Les oppositions, c’est de bonne guerre, ont vertement critiqué les erreurs de prévision du gouvernement, interrogeant son sérieux dans la gestion des deniers publics et son trop grand optimisme sur les perspectives économiques. À gauche, où l’on fustige la piste d’une réduction des dépenses sociales, on appelle à une meilleure répartition de l’effort en réclamant une taxation de superbénéfices et des Français les plus aisés. À droite, les LR brandissent la menace d’une motion de censure si le gouvernement ne dépose pas un projet de loi de finance rectificative (PLFR)… voire s’il en dépose un et qu’il ne leur convient pas.

La pression politique se retrouve également au sein même de la majorité présidentielle de plus en plus divisée entre ceux qui restent sur la ligne Macron-Le Maire et ne veulent pas entendre parler de la moindre hausse d’impôts et l’aile gauche qui s’impatiente et réclame des hausses d’impôts ciblées ou visant les superprofits.

La pression vient aussi des partenaires sociaux, déjà vent debout contre la volonté du gouvernement de reprendre en main l’assurance-chômage ou d’aller piocher dans les caisses bénéficiaires des complémentaires Agirc-Arrco. Début mars, Sophie Binet (CGT) et Marylise Léon (CFDT) signaient une tribune appelant à taxer la spéculation avec la taxe sur les transactions financières (TTF), plutôt qu’à couper 10 milliards d’euros dans les dépenses publiques. Craignant peut-être que l’on interroge les quelque 200 milliards d’euros d’aides publiques versées aux entreprises, le président du Medef, Patrick Martin, invitait dimanche le gouvernement à aller « chercher des économies, mais au bon endroit, c’est-à-dire sur les dépenses de fonctionnement des fonctions publiques ».

Enfin, la dernière pression qui s’exerce sur l’exécutif est celle de l’opinion. Inquiets du dérapage budgétaire, les Français appellent à réduire le train de vie de l’État et augmenter les impôts des entreprises ayant fait le plus de profits… mais à ne surtout pas hausser les impôts et les taxes pour tous les Français.

De toutes ces pressions ressort finalement la seule question qui vaille, celle de l’équité devant l’impôt et du bon usage de celui-ci. Les grandes entreprises du CAC 40 aux bénéfices records, les Français les plus riches qui connaissent tout de l’optimisation fiscale peuvent-ils s’extraire encore longtemps de la solidarité nationale ? Et le gouvernement peut-il s’arc-bouter sur un dogme pour ne pas répondre à la demande de justice fiscale ? Prudent, Gabriel Attal a lancé hier une mission floue « sur la taxation des rentes ». Contrefeu ou réelle prise de conscience ?

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 3 avril 2024)

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