Accéder au contenu principal

Entre rigueur et bienveillance



Le 10e Baromètre de l'Absentéisme et de l'Engagement, réalisé par le cabinet Ayming et publié hier, est doublement précieux. D'une part, il montre, en effet, que pour la troisième année consécutive, le taux d'absentéisme en France a repris sa progression, passant de 4,59 % en 2016 à 4,72 % en 2017, soit en moyenne 17,2 jours d'absence par an et par salarié (contre 16,8 jours en 2016). D'autre part, il souligne surtout la grande disparité des situations. L'impact des arrêts de travail varie ainsi en fonction de multiples critères : le secteur professionnel du salarié, la région dans laquelle il travaille, son âge, s'il s'agit d'un homme ou d'une femme, s'il est depuis longtemps dans l'entreprise ou s'il est jeune embauché, etc. Autant d'éléments qui, mis bout à bout, invitent à la prudence et à la pondération lorsqu'il s'agit de s'exprimer sur les arrêts de travail et les arrêts maladie, notamment lorsque l'on cherche à en établir les causes et à trouver des remèdes.

Le constat réalisé chaque année par Ayming, mais aussi par des rapports de la Cour des comptes ou de la Sécurité sociale, montre bien sûr le coût important des arrêts maladie pour les finances publiques. En un an, entre février 2017 et janvier 2018, les indemnités journalières en cas d'arrêt de travail avaient augmenté de 5,2 %, selon les données de la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam). Au total en 2017, les arrêts maladie ont coûté la bagatelle de 10,3 milliards d'euros au régime général. C'est beaucoup. Il n'est donc pas illogique que le gouvernement cherche à réduire ces sommes qui pourraient être redéployées ailleurs dans le système de santé, par exemple dans les hôpitaux. Mais il faut alors se garder de toute stigmatisation des uns et des autres, que ce soient les médecins prescripteurs (ulcérés par les récents propos d'Agnès Buzyn expliquant que 15 % des arrêts maladie contrôlés sont des abus), les salariés (un peu vite accusés d'être des tire-au-flanc) voire les patrons (qu'Édouard Philippe envisageait, avant d'y renoncer, de mettre à contribution pour payer les indemnités, autant dire une double peine). Il est à cet égard heureux de voir que le gouvernement a décidé de lancer une mission pour faire un diagnostic en entendant tout le monde.

Mais s'attaquer au problème des arrêts de travail doit aussi être l'occasion de s'interroger sur la réalité du travail et le rôle de l'entreprise. Car si les arrêts maladie découlent bien sûr de problèmes médicaux que rencontrent personnellement les salariés, ils relèvent aussi du rapport qu'ils ont avec leur travail et au travail. La charge de travail, l'ambiance générale, les méthodes de management jouent un rôle clé dans le degré d'engagement et de motivation du salarié. Outre la maladie, ils sont alors un élément déclencheur d'arrêts de travail.

« Les entreprises survalorisent le collectif quand elles sous-valorisent un individu dont l'autonomie et la singularité peuvent inquiéter », écrivent Julia de Funès et Nicolas Bouzou dans un livre paru mercredi « La comédie (in)humaine ». De fait, pour parvenir à les contenir, il faut sans doute aborder les arrêts maladie avec autant de bienveillance que de rigueur…

(Editorial paru dans La Dépêche du Midi du 7 septembre 2018)

Posts les plus consultés de ce blog

Si loin, si proche

Depuis 20 ans et l'incroyable développement des compagnies aériennes low cost comme Easyjet ou Ryanair, les Français, tout comme leurs homologues européens, découvrent le monde à moindre coût. Là où, pour nos parents et grands parents, les premiers congés payés se traduisaient par des départs familiaux aussi aventureux que joyeux vers la mer, l'océan, la campagne ou la montagne, tout en restant bien dans l'Hexagone, les générations suivantes, et notamment celles d'Erasmus, peuvent aujourd'hui s'offrir d'un clic sur internet des séjours à l'étranger tout compris. Et de plus en plus loin. C'est que les compagnies low cost ne se contentent plus de vols au cœur du Vieux continent ou vers les rivages de l'autre côté de la Méditerranée. Elles visent désormais les vols long-courriers, et notamment les vols transatlantiques entre l'Europe et les États-Unis.

Pour autant, l'aventure ne peut-elle être qu'à des milliers de kilomètres de chez so…

F(r)acture sociale

Les hasards du calendrier font parfois s'entrechoquer les événements, parvenant à les éclairer souvent, à en multiplier la force quelques fois. Alors que le mouvement des Gilets jaunes bloque ronds-points et bretelles d'autoroute depuis deux semaines pour réclamer davantage de pouvoir d'achat et moins de taxes, une étude réalisée par l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), publiée le 20 novembre, indique que le revenu disponible des ménages – ce qui reste aux ménages une fois déduits les impôts et les cotisations – aurait baissé en moyenne de 440 euros en France entre 2008 et 2016. Une perte qui avoisine quelque 160 euros pour les 5 % de foyers les plus modestes et 2 500 euros pour les 5 % les plus aisés.

Les auteurs de l'étude se sont concentrés exclusivement sur l'impact des réformes sociales et fiscales mises en place sous les deux précédents quinquennats, les évolutions démographiques et celles du marché du travail. Il en ressort que l…

Sous le soleil

S'il est bien un mythe qui traverse l'histoire de l'Humanité, c'est bien le mythe solaire. Râ et Aton dans l'Égypte antique, Hélios dans le panthéon grec, Sol dans la mythologie romaine, ou encore Huitzilopochtli chez les Aztèques : le soleil déifié a accompagné de tout temps les hommes dans leur vie quotidienne, rythmant leurs journées et les saisons, apportant la vie avec son immense énergie, inépuisable, renouvelable. La seule dont a disposé l'humanité avant que celle-ci ne découvre le charbon, le gaz puis l'atome. En ce début de XXIe siècle, c'est donc comme un retour aux sources qu'opère l'Humanité en investissant de plus en plus dans cette énergie solaire millénaire en passe de devenir un enjeu majeur, à la fois énergétique, technologique, environnemental et géopolitique.

Face au réchauffement climatique et à l'urgence de limiter les émissions polluantes de gaz à effet de serre ou de CO2, les pays participants à la COP 21 en décembre …