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Éditos

La peine et la faute



En rejetant la demande de libération conditionnelle de Jacqueline Sauvage, le tribunal d'application des peines de Melun a provoqué la consternation et suscité l'incompréhension. La consternation, parce que nous attendions tous que cette femme au destin tragique, marqué par 47 années de violences conjugales, puisse recouvrer la liberté. L'incompréhension, parce que les arguments des juges pour son maintien en prison apparaissent bien spécieux, comme peuvent l'être des leçons de morale. Jacqueline Sauvage n'aurait pas suffisamment intégré son degré de culpabilité ? Libérée, elle serait encouragée par ses soutiens à se cantonner à un positionnement exclusif de victime ? Enfin, elle ne pourrait revenir vivre chez sa fille non loin des lieux de son crime ? Qui peut le croire ? Qui peut l'entendre ?

En rendant hier une telle décision, le tribunal va aussi à l'encontre de la grâce partielle présidentielle, qui traduisait, après une mobilisation populaire sans précédent, la reconnaissance équilibrée de la culpabilité pénale et de la souffrance de cette femme devenue un symbole. Alors que les Français se défient trop souvent de la justice qui est rendue en leur nom, les juges feraient bien de relire Montesquieu. «La justice consiste à mesurer la peine et la faute ; et l'extrême justice est une injure». Hier, les 400000 femmes victimes de violences conjugales et ceux qui les soutiennent ont vécu le maintien en détention de Jacqueline Sauvage comme une injure.

(Publié dans La Dépêche du 13 août 2016)

Playmate et palmipèdes

Ce n'est certes pas la première fois qu'une star d'Hollywood franchit le seuil du palais Bourbon pour y plaider une cause. Mais, hier à l'Assemblée nationale, la venue de la plantureuse Pamela Anderson – un mètre de tour de poitrine ! – a mis les producteurs de foie gras non pas en émoi, mais dans une colère aussi rouge que l'était le maillot de bain de l'actrice dans la série Alerte à Malibu qui la fit connaître. Et pour cause.

Alors que la profession est frappée de plein fouet par la grippe aviaire qui va contraindre à la fermeture d'élevages du Sud-Ouest pendant plusieurs mois, la députée verte Laurence Abeille n'a rien trouvé de mieux que de faire un coup de... buzz, en invitant la blonde américaine, militante écologiste, pour soutenir la présentation d'une proposition de loi contre le gavage des oies et des canards dans l'industrie alimentaire. La playmate contre les palmipèdes; la souffrance animale contre celle des producteurs ? Osé. Mieux vaut sourire de cette politique-spectacle… À moins qu'on n'envoie devant le Congrès américain notre Maïté tricolore, qui avait en son temps imaginé… un hamburger au foie gras !

(Publié dans La Dépêche du 20 janvier 2016)

Le «point de détail» de Marine Le Pen

Marine Le Pen en meeting à Lille. Photo Jérémy-Günther-Heinz Jähnick


En 140 caractères et trois photos odieuses postées à quelques minutes d'intervalles sur son compte Twitter mercredi, Marine Le Pen a ruiné la stratégie de dédiabolisation du Front national qu'elle avait patiemment mise en place depuis son accession à la tête du parti d'extrême droite en 2011 ; et montré que, décidément, le FN n'est pas un parti comme les autres. En perdant son sang-froid pour répondre impulsivement au journaliste Jean-Jacques Bourdin dont elle aurait – mais est-ce crédible ? – mal compris les propos, la fille de Jean-Marie Le Pen tombe dans les travers outranciers qui ont émaillé toute la carrière de son père. Ce dernier s'est d'ailleurs promptement - et peut-être avec un soupçon d'ironie - empressé d'apporter son soutien à celle qui voulait l'évincer.

Nul doute que cette affaire de tweets sera à la présidente du FN son «point de détail» comme celui que Jean-Marie Le Pen osa en 1987 pour minimiser l'importance des chambres à gaz dans l'Histoire de la seconde Guerre mondiale. Mais si cette affaire éclabousse le FN, elle entache directement et personnellement Marine Le Pen, qui a commis là une impardonnable faute morale et une lourde faute politique. Morale car en publiant les photos d'otages suppliciés, elle a fait preuve d'un terrible manque d'humanité envers leurs familles et tous ceux qui ont eu affaire au terrorisme. Politique, car en voulant se poser en victime des médias pour répondre de façon si excessive à un simple débat démocratique, elle a démontré son incapacité, et celle de son parti, à se hisser à la hauteur nécessaire pour prétendre entrer à l'Elysée.

(Publié dans La Dépêche du 18 décembre 2015)

Liberté



La polémique pour savoir si une chaîne du service public – d'évidence en manque d'audience et de buzz – devait faire de Marine Le Pen, chef de parti mais surtout candidate aux prochaines régionales, son invitée vedette hier soir, aurait pu être accessoire si elle ne mettait au jour la conception très particulière qu'a le Front national des médias et du débat public.

Dans la lignée de son père Jean-Marie qui fustigeait l' «établissement» et la «caste» journalistique, Marine Le Pen et sa garde rapprochée n'ont de cesse de se poser en martyrs d'un système médiatique qui les ostraciserait, d'une pensée unique dont ils subiraient la censure, de journalistes qui déformeraient leurs propos… Une posture qui ne résiste pas à l'examen des faits. Car à l'instar des chantres du déclinisme comme Éric Zemour ou Alain Finkielkraut, les personnalités frontistes occupent très largement, et depuis longtemps, l'espace médiatique, des matinales radios aux plateaux de télé, en passant par les réseaux sociaux et les Unes de certains magazines. Ils ont tout loisir d'y développer leurs idées avec toutefois une constante : le refus systématique du débat démocratique et de la contradiction qui pourraient démonter bien des contrevérités qu'ils assènent…

Dans un mouvement de fascination-répulsion envers les médias, Marine Le Pen voudrait choisir, comme hier, et les questions, et les journalistes et ses contradicteurs. Depuis Camus, on sait que «la liberté de la presse est l'un des visages de la liberté tout court». En affichant sa conception de la liberté de la presse, on imagine bien ce que pense le FN de la liberté tout court…

(Publié dans La Dépêche le 23 octobre 2015)