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Éditos

Réparer Israël

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Rarement Israël aura abordé des élections législatives aussi lourdes de conséquences depuis sa fondation en 1948. Trois ans après les attentats du Hamas qui ont fait plus de mille morts et traumatisé tout un pays, trois ans après le début d'une riposte meurtrière contre la bande de Gaza, ce scrutin – qui intéresse le monde entier – dépasse la seule question de savoir si Benyamin Netanyahou va conserver le pouvoir ou si son rival centriste Gadi Eisenkot va pouvoir constituer une coalition. Deux hommes, deux conceptions du pouvoir et de l'avenir d'un pays aujourd'hui profondément divisé. Mais aussi des fractures que le seul verdict des urnes ne suffira pas à effacer.

Cette confrontation politique renvoie aussi la société israélienne à une notion de la tradition juive, le tikkoun olam, "réparer le monde". Elle exprime notamment l'idée que les hommes ont la responsabilité de réparer ce qui a été brisé et d'améliorer le monde qui leur a été confié. Trois ans après le 7 octobre, cette philosophie ancienne a une résonance singulière : au-delà du duel entre Netanyahou et Eisenkot, c'est bien la question de la réparation d'Israël qui se pose aux électeurs.

Réparer, d'abord, la confiance entre l'État et ses citoyens. Le 7 octobre a fait voler en éclats la certitude fondamentale que l'État hébreu était capable de protéger sa population. Les défaillances sécuritaires révélées notamment par les enquêtes du New York Times et de Haaretz, la question des responsabilités politiques et l'urgence de rendre des comptes constituent autant de défis auxquels le prochain gouvernement devra répondre.

Réparer, ensuite, une société plus fracturée que jamais. Entre religieux et laïcs, partisans et adversaires de Netanyahou, Juifs et Arabes israéliens, les divisions – qui traversaient déjà le pays avant le 7 octobre – ont été exacerbées par trois années de guerre.

Réparer, aussi, les institutions démocratiques. La volonté de Netanyahou de mettre au pas la justice, les tensions autour des contre-pouvoirs et les controverses sur l'État de droit ont fragilisé la démocratie israélienne. Le scrutin doit permettre de déterminer non seulement qui gouvernera, mais aussi selon quelles règles et avec quels garde-fous.

Réparer, enfin, les relations avec les Palestiniens et le reste du monde. C'est sans doute le chantier le plus difficile, mais aussi le plus déterminant pour l'avenir du pays. Après les destructions de Gaza, la poursuite de la colonisation en Cisjordanie et la dégradation de l'image internationale d'Israël, la question palestinienne n'a pas disparu et reste entière. Or, sur ce sujet, les divergences entre Netanyahou et Eisenkot ne doivent pas masquer certaines convergences, notamment leur refus actuel d'un État palestinien.

C'est peut-être là que le tikkoun olam prend toute sa profondeur. Car cette tradition, dans sa lecture universaliste, ne parle pas de réparer un pays ou un peuple, mais bien le monde. Dès lors, Israël pourra-t-il retrouver durablement la paix et la sécurité sans ouvrir également un avenir aux Palestiniens ?

Yitzhak Rabin, assassiné il y a bientôt trente et un ans pour avoir engagé le dialogue avec les Palestiniens, avait compris qu'il n'y aurait pas de sécurité durable sans perspective politique. Le tikkoun olam rappelle que réparer ne signifie pas revenir au monde d'avant, mais construire un monde meilleur. C'est peut-être ce qui manque le plus aujourd'hui à Israël : non pas la force de se défendre, mais la perspective d'une paix à construire.

Philippe Rioux

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 26 octobre 2026)