Affaire Jubillar : le brouillard demeure
Cédric Jubillar est-il retombé dans ses mensonges et ses contradictions ? Est-il possible que cet homme de 39 ans, qui a trompé son monde pendant cinq ans avec son air ahuri et perdu, se soit de nouveau refermé comme une huître ? On peut malheureusement le penser après la « mise en situation » organisée hier par la justice dans la maison de Cagnac-les-Mines puis sur une parcelle de la commune de Mailhoc. Une longue journée qui n’a pas permis de déterminer les circonstances exactes de la mort de Delphine Aussaguel.
L’espoir était pourtant grand pour les proches et les enfants de l’infirmière, tuée à 33 ans dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020, depuis que Cédric Jubillar avait avoué, en juillet dernier, avoir tué sa femme. Ce qu’il avait toujours nié, y compris devant la cour d’assises du Tarn qui l’a condamné à 30 ans de réclusion criminelle le 17 octobre 2025.
Mais hier, sur les deux lieux tarnais, trois heures de reconstitution n’ont provoqué aucun déclic chez Cédric Jubillar. Elles n’ont convaincu ni les parties civiles ni permis d’établir un scénario crédible. Comme si souvent par le passé, Cédric Jubillar s’est empêtré dans ses contradictions lorsqu’il lui a fallu refaire les gestes de la nuit du drame. Acculé par les magistrats et les enquêteurs, il a « dit tout et n’importe quoi », s’est agacé un avocat des parties civiles, décrivant un homme froid et sans affect lorsqu’il évoquait la victime.
Au terme de cette journée, le brouillard reste donc presque aussi épais. On ignore toujours précisément ce qui s’est passé cette nuit-là, si le meurtre a été prémédité, préparé et minutieusement exécuté, ou encore comment le corps de Delphine a été transporté jusqu’au champ de Mailhoc pour y être enseveli. Sans compter les nombreuses zones d’ombre qui demeurent : les lunettes cassées, le téléphone de Delphine disparu et tant d’autres détails qui n’ont toujours pas trouvé d’explication.
Les aveux sont là. Mais la vérité, elle, reste incomplète, noyée dans le flou qu’entretient l’insaisissable Cédric Jubillar. Sauf nouveau rebondissement, ce sera donc aux jurés du procès en appel, prévu à Toulouse du 30 avril au 14 mai, de tenter de percer une nouvelle fois le mystère d’une affaire qui passionne la France. Et surtout de permettre enfin aux enfants de Delphine d’obtenir ce qu’ils attendent depuis près de six ans : la vérité, toute la vérité, sur la mort de leur mère.
Philippe Rioux
(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 3 octobre 2026)