Narcotrafic : une route d'avance
La lutte contre le trafic et l’écosystème de la drogue est hélas un éternel recommencement, en France comme partout ailleurs dans le monde. À peine a-t-on isolé les routes de la drogue que d’autres apparaissent pour mieux les contourner. Les go-fast lancés à tombeau ouvert sur les autoroutes reliant la péninsule Ibérique à l’Europe du Nord se font moins nombreux. Les narcotrafiquants empruntent de plus en plus les petites routes pour éviter péages, caméras et contrôles. La cocaïne, désormais davantage débarquée sur les côtes espagnoles et portugaises, remonte ensuite vers la France par des itinéraires secondaires, notamment de petites routes de montagne. La saisie de 930 kg à Montbolo, dans les Pyrénées-Orientales, illustre cette nouvelle stratégie des réseaux.
Si les trafiquants ont revu leurs plans, c’est peut-être aussi parce que l’arsenal français de lutte contre la drogue a été réellement renforcé après une salutaire prise de conscience. Les 35 recommandations de la commission d’enquête du Sénat sur le narcotrafic, dont le rapport a été remis en mai 2024, ont nourri une ambitieuse loi « anti-narcos » destinée à lutter contre le « tsunami blanc » de cocaïne qui s’est infiltré dans tous les territoires, des métropoles aux campagnes, et dans toutes les couches de la population.
Création du Parquet national anticriminalité organisée, isolement renforcé des principaux narcotrafiquants en prison, durcissement des sanctions et nouveaux moyens contre le blanchiment : la France a changé de doctrine. L’objectif est désormais de dépasser la simple communication autour des opérations Place nette XXL, souvent spectaculaires mais dont l’efficacité à long terme pouvait être discutée, pour frapper davantage les réseaux dans leur organisation et leur économie.
Les premiers mois de cette nouvelle stratégie ont montré une montée en puissance de l’appareil judiciaire et policier, avec notamment des saisies records. Reste que son impact demeure encore limité sur la violence et sur la structuration des réseaux qui, on le voit, s’adaptent rapidement.
La lutte contre la drogue est donc un combat de longue haleine qui ne peut se limiter au volet répressif. Le volet sanitaire doit lui aussi être renforcé, parce que la drogue est également une question de santé publique. La répression était indispensable. Elle ne suffira pas. Car tant que la demande restera aussi forte, les trafiquants trouveront toujours une route, un port ou une frontière à contourner.
À sept mois de la présidentielle, les candidats devront donc répondre à une question que la France repousse depuis longtemps : faut-il continuer à combattre toutes les drogues avec les mêmes armes ou repenser notre politique, notamment sur le cannabis ? Après le temps des opérations spectaculaires est venu celui d’un débat beaucoup plus difficile : celui de l’efficacité.
(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 20 septembre 2026)