L'école en triple alerte
Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, se retrouve un peu dans la situation des élèves qui ramènent une mauvaise note à la maison. Devant leurs parents, ils tentent d’en relativiser la portée en faisant valoir que leurs camarades n’ont guère fait mieux. De la même manière, devant les Français, le ministre assure ne pas être surpris par les pires résultats obtenus par la France dans la dernière enquête PISA dévoilée hier, replaçant la piètre performance française dans la baisse générale observée dans les pays de l’OCDE tout en cherchant à incriminer les réseaux sociaux.
Certes, les résultats de la France se situent dans la moyenne, mais ils comptent parmi les plus faibles jamais obtenus dans les trois domaines d’évaluation – lecture, mathématiques, sciences – et sont, en tout cas, très nettement inférieurs à ceux de 2015. En dix ans, la part des élèves français ne maîtrisant pas les compétences de base a progressé de 12 points en mathématiques, de 11 points en lecture et de quatre points en sciences. Difficile, dès lors, de se satisfaire d’une médiocrité partagée.
L’enquête publiée hier sonne, en tout cas, une triple alerte. D’abord celle de la baisse du niveau dans les trois domaines, dans un système toujours profondément marqué par le poids de l’origine sociale, par un environnement d’apprentissage fragilisé et notamment par les difficultés de remplacement des enseignants. Sur dix ans, l’écart social a certes diminué… mais parce que les élèves favorisés reculent tandis que les défavorisés stagnent. Un nivellement par le bas plutôt qu’un véritable rattrapage.
Seconde alerte documentée par l’enquête et qui ne concerne pas seulement la France : le désinvestissement des parents. 63 % des élèves disent que leurs parents les interrogent chaque semaine sur leur journée, contre 74 % en 2022 ; 34 % parlent régulièrement avec eux de leurs difficultés scolaires, contre 48 % trois ans plus tôt. Ce recul de l’implication familiale est d’autant plus inquiétant qu’une partie des parents tend trop souvent à se comporter en consommateurs de l’école plutôt qu’en partenaires.
Enfin, troisième alerte, commune à de nombreux pays : la chute de la lecture et la difficulté croissante des élèves à se concentrer sur un texte long. On peut évidemment y voir l’effet des réseaux sociaux, qui fragmentent l’attention en micro-séquences. Il y a là un vrai danger. La lecture longue apprend à tenir son attention, enrichit le langage et le vocabulaire, développe l’endurance intellectuelle, la pensée critique et le raisonnement. Autant de compétences essentielles pour évaluer la qualité des informations produites par l’intelligence artificielle, que les adolescents utilisent de plus en plus.
L’enquête PISA nous alerte tous et appelle incontestablement à l’action. Mais rien ne serait pire que de répondre à ces mauvais résultats par une énième réforme bâtie à la va-vite, tant la succession de réformes, ces dernières années, a davantage épuisé qu’elle n'a galvanisé la communauté éducative. À l’approche de l’élection présidentielle, les candidats doivent se garder de multiplier annonces, ruptures et autres « chocs » pour l’école. Elle mérite, au contraire, un débat sérieux, nuancé et apaisé.
Philippe Rioux
(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 9 septembre 2026)