Volontariat politique
À la solidarité qui s’est organisée autour des sinistrés des incendies, et notamment de ceux qui ont été évacués en Gironde et dans les Landes, s’est ajouté un engagement citoyen inédit de Français désireux de rejoindre le corps des sapeurs-pompiers volontaires. À une époque où l’individualisme est trop souvent mis en avant, où chacun se trouve, de gré ou de force, enfermé dans des bulles de filtres numériques, cet élan mérite d’être salué : celui de Français prêts à donner de leur temps au service du bien commun et de l’intérêt collectif. Il illustre aussi la reconnaissance que ressentent et expriment les Français envers les soldats du feu, qui exercent des missions difficiles, avec souvent trop peu de moyens et, parfois hélas, au péril de leur vie.
Mais encore faut-il transformer cet élan citoyen en force durable pour une sécurité civile dont les défis n’ont cessé d’évoluer. Et c’est précisément le statut des sapeurs-pompiers volontaires qui doit aujourd’hui être repensé.
Car à la rapidité avec laquelle des Français se sont spontanément présentés dans les casernes ces derniers jours pour s’engager comme pompiers volontaires répond une incompréhensible lenteur de la puissance publique à adapter ce statut. Il y a quatre ans, pourtant, le rapport du Sénat consécutif au mégafeu qui avait frappé la Gironde évoquait déjà les volontaires comme « l’épine dorsale » du système tout en soulignant la « crise du volontariat ». Les sénateurs considéraient celui-ci comme un point de fragilité majeur de la sécurité civile et appelaient à revenir à 250 000 volontaires, notamment en incitant financièrement les employeurs à libérer leurs salariés pompiers volontaires. Trois ans plus tard, en 2025, le rapport de l’Assemblée nationale sur la mise en œuvre de la loi de 2023 constatait que rien, ou presque, n’avait changé.
À la rentrée 2025, après plusieurs mois de travail, le Beauvau de la sécurité civile décrivait à son tour un modèle français qui dépend massivement du volontariat mais dont l’organisation tend, paradoxalement, à rendre ce volontariat de moins en moins volontaire.
Face aux mégafeux, plus le changement climatique rend les volontaires indispensables, plus il risque de transformer leur volontariat en quasi-profession. À cela s’ajoute une évolution importante des missions. Les pompiers ne sont plus essentiellement mobilisés sur les incendies : plus de 80 % de leur activité concerne désormais le secours à personne. Autrement dit, le système est sollicité quotidiennement avant même que surviennent les crises climatiques exceptionnelles.
Une remise à plat s’impose donc : statut, formation, disponibilité, articulation avec les professionnels, mais aussi financement, alors que les services départementaux d’incendie et de secours sont financés majoritairement par des collectivités locales aux moyens toujours plus contraints. Car on ne peut demander toujours davantage à des volontaires sans leur donner les moyens, le temps et les garanties nécessaires pour continuer à l’être.
Pour sauver le modèle français du volontariat chez les sapeurs-pompiers, il y a urgence, désormais, à faire preuve de volontariat politique…
Philippe Rioux
(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 13 août 2026)