Le panier sous pression
On connaît tous la recommandation devenue un slogan : manger cinq fruits et légumes par jour. Mais pourra-t-on encore la suivre tant l’inflation alimentaire sur les fruits et légumes et les difficultés que rencontrent les producteurs après cet été dantesque marqué par une sécheresse historique la rendent de plus en plus difficile ? La flambée n’a d’ailleurs pas attendu les canicules de cet été.
Dès juin, l’association Familles rurales constatait sur un an une hausse de 10 % des légumes conventionnels et de 7 % du bio. Avec quelques envolées spectaculaires : +32 % pour les courgettes, +31 % pour les tomates en grappe, +24 % pour les haricots verts. En dix ans, rappelle l’association, les fruits et légumes ont augmenté beaucoup plus vite que l’inflation générale. Aux coûts de production, de transport, de stockage ou d’emballage se sont ainsi ajoutés les dérèglements d’une météo devenue imprévisible, en France comme en Espagne ou au Portugal.
Mais cet été a changé d’échelle. Soixante-dix jours de chaleur et de manque d’eau ont parfois transformé les difficultés en désastre. La récolte de pommes pourrait reculer de 20 %, celle de maïs de 35 %. Pour la pomme de terre, les producteurs redoutent une chute de 23 % de la récolte, le plus mauvais rendement depuis plus de trente ans et au moins 400 millions d’euros de pertes. Derrière ces chiffres, il y a des exploitations dont la trésorerie est exsangue et des agriculteurs qui ne peuvent éternellement produire à perte.
Il faut donc résoudre une équation qui semble impossible : mieux rémunérer celui qui produit... sans faire payer davantage celui qui mange. L’urgence impose d’abord de sauver les exploitations les plus fragiles : indemnisations rapides, allégements de charges, soutien aux trésoreries, mais aussi investissements dans l’irrigation, les réserves d’eau et l’adaptation des cultures au climat de demain. La grande distribution peut également prendre sa part. Accepter une courgette plus petite, une tomate moins ronde ou un fruit marqué par le soleil paraît désormais relever du bon sens. Privilégier l’origine France aussi, à condition que ce patriotisme alimentaire se traduise par une rémunération décente du producteur.
Reste l’autre bout de la chaîne : le consommateur. Car à quoi servirait de sauver nos maraîchers si une partie des Français ne pouvait plus acheter leurs produits ? La proposition de loi du député écologiste Boris Tavernier d’un panier de produits sains vendus à prix coûtant mérite à ce titre d’être débattue. Comme doivent l’être la transparence sur les marges, des promotions réellement financées par les distributeurs ou encore la fiscalité sur les produits alimentaires essentiels. Sans jamais faire de l’agriculteur la variable d’ajustement.
Le sujet dépasse désormais l’agriculture et touche à la santé publique, à notre souveraineté alimentaire et, surtout, au portefeuille. En cette rentrée, 48 % des Français placent de nouveau le pouvoir d’achat en tête des priorités qu’ils assignent à l’exécutif. À quelques mois de la présidentielle, les candidats seraient bien inspirés de l’entendre. Car pouvoir manger correctement ne devrait jamais devenir un luxe.
Philippe Rioux
(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 28 août 2026)