La fin d'un monde
Le ciel bleu et le soleil sont revenus hier à Pomas, petit village de l’Aude d’un millier d’habitants. Mais quelques heures auparavant, c’est un déchaînement de fureur et de violence qui a dévasté la bourgade : une tornade a arraché toitures et vérandas, renversé voitures et pergolas, blessé une cinquantaine de personnes et traumatisé toute une communauté. Tous les sinistrés nous ont décrit hier leur frayeur et leur surprise devant la soudaineté de cet événement. Ils s’attendaient certes à un gros orage comme la région en a l’habitude, peut-être de la grêle, mais pas à ce tourbillon destructeur qu’on ne voit qu’à la télévision dans des documentaires sur les tornades américaines ou dans des films catastrophe.
C’est pourtant bien la réalité qui a frappé le village audois, faisant de ce département un concentré des drames de l’été. Depuis 2025, l’Aude a ainsi été confrontée à un mégafeu dans les Corbières l’année dernière et à d’autres incendies cet été, à des inondations majeures et des coulées de boue en avril 2025 et janvier 2026 qui ont touché une cinquantaine de communes, mais aussi à une sécheresse intense qui a placé plusieurs bassins en niveau de crise et imposé de fortes restrictions d’eau à la population. En dix ans, le département a subi plusieurs fois ce type d’événements et on se rappelle les terribles inondations historiques d’octobre 2018 qui avaient fait quelque 30 000 sinistrés.
Le village martyr qui a fait la une des médias hier doit évidemment être soutenu, les sinistrés qui ont tout perdu rapidement aidés, les commerces et entreprises dévastés indemnisés. Mais si cette tornade nous touche au cœur, elle doit aussi nous réveiller. Pomas a cru vivre la fin du monde lundi soir ; c’est en tout cas la fin d’un monde à laquelle nous sommes désormais tous confrontés. Si l’on ne peut attribuer chaque événement extrême au seul réchauffement climatique, celui-ci bouleverse déjà profondément notre environnement et amplifie nombre des risques auxquels nos territoires sont exposés. Et les activités humaines portent une lourde responsabilité dans ce réchauffement.
Les mégafeux de cet été, les cinq épisodes de canicule, la sécheresse qui inquiète les agriculteurs, les pénuries d’eau ou encore la violence de certains phénomènes météorologiques : tout cela doit nous inciter collectivement à revoir nos habitudes, mais surtout à changer la façon d’aménager nos territoires, de construire nos logements ou de nous déplacer.
L’heure n’est plus à demander de nouveaux rapports – les experts alertent depuis trente ans – ou à missionner encore des spécialistes. L’heure est à l’action, à la décision, à la planification de notre adaptation et de notre transition climatique. La présidentielle de l’an prochain doit ouvrir un nouveau chapitre qui corresponde à ce nouveau monde et nous permettre d’en construire un qui soit, demain, encore habitable pour tous.
Philippe Rioux
(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 25 août 2026 - Photo Laurent Dard)