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Éditos

Après Lyhanna

 

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C’est une émotion nationale rare qui a étreint hier les parents de la petite Lyhanna dont les obsèques se sont déroulées à Fleurance, dans le Gers. Une émotion à la hauteur du drame qui secoue le pays depuis une semaine, celui-ci étant devenu le symbole majuscule des défaillances accumulées par la France dans le traitement des affaires de pédocriminalité.

Mais avant d’être un symbole, comme l’a si justement rappelé le maire de la commune, Grégory Bobbato, Lyhanna était une enfant de 11 ans, souriante et espiègle, qui avait la vie devant elle. Une collégienne qui a été arrachée à l’amour de ses parents et de son frère et à l’amitié de ses camarades. On ne peut que saluer la dignité de ce couple qui fait face à cette tragédie. Hier, beaucoup de Français ont pensé à eux et à Lyhanna. Parce que chacun a vu dans cette enfant de 11 ans un visage familier : celui d’une fille, d’une petite-fille, d’une sœur, d’une cousine ou d’une camarade de classe.

Cette émotion nationale appelle, d’évidence, une réponse nationale et une expression venant du plus haut sommet de l’État. Le silence et l’attentisme institutionnels ne sont plus tenables. Emmanuel Macron ne peut se contenter d’expliquer entre deux portes, au Monténégro, qu’il ne veut pas entendre parler d’un manque de moyens de la justice – pourtant patent –, comme il ne peut pas lancer aux Français en colère qui ont calmement manifesté devant les tribunaux du pays pour réclamer une action forte qu’"on ne répond pas à un drame par des cris". L’émotion d’hier devrait conduire le chef de l’État à prendre solennellement la parole pour s’associer à la peine de la famille et de la nation, mais aussi et surtout pour acter vraiment le moment de bascule que nous vivons et qui impose un changement radical et majeur dans la protection de l’enfance face aux pédocriminels comme dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles en général.

Un changement qu’il faut commencer dès maintenant et sans attendre alors que la confiance des Français dans la justice s’effondre. Car derrière l’affaire Lyhanna, c’est une question plus vaste qui surgit : que devient une démocratie lorsque ses citoyens doutent de la capacité de ses institutions à protéger les plus vulnérables ? Nul besoin d’un Grenelle de l’enfance ou d’une nouvelle convention citoyenne. Des solutions, préparées par des associations de victimes, des magistrats, des spécialistes réputés, des parlementaires engagés, sont déjà sur la table. Des recommandations ont été listées en 2023 dans le rapport de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants. Et une proposition de loi intégrale transpartisane contre les violences sexuelles, signée par une centaine de députés de tous bords, n’attend que d’être discutée à l’Assemblée nationale.

Il n’est plus temps de tergiverser ou de procrastiner sur ce sujet dont l’ampleur se mesure chaque jour un peu plus. D’autres pays, comme l’Espagne, ont pris le problème à bras-le-corps, en ne mégotant pas sur les moyens financiers et humains qui aujourd’hui manquent à la justice et à la police françaises, et en trouvant les organisations les plus efficaces.

Lyhanna ne peut être qu’un prénom de plus à ajouter à la trop longue liste des enfants victimes d’abus et de crimes que la société n’a pas su protéger. Elle doit devenir ce point de rupture à partir duquel la France décide enfin de regarder cette réalité en face et d’engager des transformations profondes. Parce qu’au fond, une société ne se juge pas seulement à la richesse qu’elle produit ou à la puissance qu’elle affiche. Elle se juge d’abord à la manière dont elle protège ses enfants. Et sur ce point, la France n’a plus le droit d’échouer.

Philippe Rioux

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 13 juin 2026)