Chaque crise recèle, dit-on, une opportunité. Encore faut-il savoir en tirer les leçons alors que le diagnostic, lui, est posé depuis longtemps. C’est la situation dans laquelle se trouve la France en matière d’énergie. La guerre en Iran, qui perturbe depuis plus d’un mois le cours du pétrole, faisant flamber les prix des carburants dans les stations-service, vient de pousser le gouvernement à lancer un plan d’électrification de notre économie trop dépendante des énergies fossiles.
On serait presque tenté de dire « mieux vaut tard que jamais » car cette électrification des usages dans de nombreux domaines – logement, transports, industrie, etc. – aurait pu être enclenchée bien plus tôt dans un pays qui a l’atout majeur de produire une électricité largement décarbonée grâce à son parc nucléaire. En 2022, la guerre en Ukraine avait déjà souligné notre dépendance aux importations de gaz russe ; quatre ans plus tard, la guerre en Iran nous montre combien nous dépendons encore trop du pétrole. Une double alerte, restée en partie sans réponse.
Miser sur l’électrique, comme le demande aussi RTE, est donc une bonne chose : bon pour notre souveraineté, bon pour l’environnement puisqu’il s’agit d’abandonner des sources polluantes, et bon pour le porte-monnaie, du moins à terme. Le principe fait consensus ; l’exécution, elle, reste à prouver. Car ce plan d’électrification va nécessiter beaucoup d’argent, à l’heure où l’État compte chaque euro. D’abord pour moderniser le parc nucléaire existant, vieillissant, ensuite pour construire de nouveaux réacteurs de nouvelle génération plus efficients. Le choix net en faveur de l’atome, assumé par Emmanuel Macron, soulève aussi des critiques sur son coût, estimé par Greenpeace entre 380 et 650 milliards d’euros nécessaires d’ici 2050, sur les délais de réalisation des EPR2, et sur le fait que les investissements dans le nucléaire pourraient se faire au détriment des énergies renouvelables, dont RTE a rappelé qu’elles étaient indispensables au mix énergétique. Rappel utile quand certains, par démagogie électorale, veulent mettre un coup d’arrêt aux éoliennes… Comme souvent, le débat énergétique se heurte aux postures politiques.
Réaliser l’électrification supposera sans doute de faire des choix, d’établir des priorités et, surtout, de ne laisser personne sur le bord du chemin. Car cette électrification, pour qu’elle soit efficace, doit aussi être comprise et soutenue par l’opinion. Alors qu’ils subissent de plein fouet la hausse des prix des carburants ou l’envolée du prix du gaz, les Français sont prêts à passer à l’électrique à condition d’en payer le juste prix. Opter pour une voiture électrique, remplacer sa vieille chaudière par une pompe à chaleur ou installer des panneaux solaires représentent des investissements encore très lourds, alors que les aides de l’État restent souvent trop complexes, instables, quand elles ne font pas carrément le yo-yo – on l’a vu avec MaPrimeRénov’…
Face aux annonces du Premier ministre, les Français sont sceptiques et divisés. Selon un sondage Elabe, pour une majorité d’entre eux, le plan d’électrification pourrait permettre de réduire notre dépendance au pétrole et au gaz étrangers, réduire les émissions de CO2 et améliorer la qualité de l’air, et moderniser l’industrie et les infrastructures… Mais, dans le même temps, une majorité estime qu’il ne permettra pas de faire baisser leurs factures d’énergie, ni pour les plus modestes d’accéder à des équipements moins énergivores.
L’adhésion existe, mais la confiance manque. Le temps des annonces est passé ; celui des preuves commence. Autant dire qu’après la parole, les Français attendent des actes. Et ils jugeront vite.
(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 17 avril 2026)