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Bistouri sous influence

 

botox

Taille de guêpe, fesses rebondies à la Kim Kardashian, nez et seins refaits : sur les réseaux sociaux, notamment Instagram ou Snapchat, les adolescentes sont exposées en permanence à un idéal de beauté, souvent aussi irréaliste qu’inatteignable, car retravaillé avec force filtres et intelligence artificielle. Face à la pression de l’apparence, une logique de correction du corps se banalise et des adolescentes dont la vulnérabilité est exploitée et le rapport au corps encore en construction n’hésitent pas, pour ressembler à leurs influenceuses stars, à opter pour la chirurgie esthétique.

Mais aussi une chirurgie esthétique parallèle, low cost et dangereuse. Pratiquée à la va-vite, hors de tout contrôle, par des personnes qui n’ont aucune formation médicale mais qui vendent sur les réseaux sociaux des injections de botox ou d’acide hyaluronique pouvant déboucher sur de véritables drames (infections, nécroses…). L’Ordre des médecins a reçu 213 signalements d’actes médicaux et chirurgicaux illégaux à visée esthétique en 2025. Un signal d’alarme qui appelle désormais des actions fortes à plusieurs niveaux.

Le récent rapport parlementaire sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs, remis en septembre dernier par les députés Arthur Delaporte et Laure Miller, évoque largement le phénomène. Il souligne explicitement l’influence des créatrices de contenus « beauté » qui participent à la diffusion de normes physiques irréalistes, alimentent la dysmorphophobie (déformation de l’image corporelle), les troubles alimentaires, et, donc, une hausse des demandes de chirurgie esthétique chez les jeunes. Les auditions ont d’ailleurs clairement pointé plusieurs dérives entre promotion de produits ou actes esthétiques (injections, soins, compléments), et utilisation de filtres et publicité brouillant la frontière entre ce qui est réel et modifié. Il est temps de stopper cette très lucrative économie de l’influence, alimentée par des algorithmes opaques, structurée comme un véritable marché et profitant de la vulnérabilité des jeunes.

Les réseaux sociaux, aussi puissants et riches soient-ils, ne sont pas intouchables. Aux États-Unis, un verdict historique vient de condamner Meta, la maison mère de Facebook et d’Instagram, à payer 375 millions de dollars pour mise en danger de mineurs au Nouveau-Mexique. Et d’autres procès devraient suivre concernant la dépendance aux réseaux sociaux et ses conséquences sur la santé mentale chez les jeunes. L’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs se met en place dans plusieurs pays – la France en débat au Sénat – mais il faut aussi mettre les plateformes devant leurs responsabilités et exiger la transparence sur leurs algorithmes.

De l’autre côté, la communauté médicale doit s’emparer plus fortement de ce sujet sur trois fronts : mieux alerter sur les dangers, réclamer un encadrement légal strict et accompagner ces jeunes patients exposés à des pratiques à haut risque. Quant aux pouvoirs publics, la justice doit agir sur toute la chaîne de cet écosystème dès les premiers signalements sans attendre les plaintes de victimes défigurées et abusées.

Car derrière les filtres et les promesses d’un corps parfait se joue en réalité bien autre chose qu’une simple quête esthétique. C’est un modèle économique entier qui s’est construit sur la fragilité des plus jeunes, encouragé par des plateformes qui captent l’attention sans jamais en assumer les conséquences. À force de laisser prospérer cette économie de l’apparence, nos sociétés ont ouvert un marché sur les corps des plus jeunes. Et derrière les filtres, ce ne sont plus des images que l’on altère, mais des vies…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 3 mars 2026)

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