Technomedia

Numérique · médias · sciences · intelligence artificielle

Éditos

Tchernobyl, une mémoire qui oblige

 

Tchernobyl

 

Le 26 avril 1986, l’explosion du réacteur numéro quatre de la centrale nucléaire de Tchernobyl survenait à la suite d’un exercice mal maîtrisé et des défauts de conception des réacteurs RBMK, précipitant le monde face à la pire catastrophe nucléaire de l’histoire de l’atome civil. On peut dire qu’il y a eu un avant et un après Tchernobyl car cet accident et ses conséquences en cascade ont bouleversé plusieurs années durant bien des certitudes et continuent encore à susciter débats et controverses, notamment en France où le nucléaire a été relancé avec un ambitieux plan de développement de nouveaux réacteurs, dans un contexte énergétique redevenu stratégique et incertain.

Beaucoup de leçons ont déjà été tirées de la catastrophe de Tchernobyl quant à la nécessité d’avoir des organismes de sûreté et de contrôle indépendants, d’avoir des autorités publiques réactives, préparées et transparentes dans l’information qu’elles donnent à la population comme au monde. Tchernobyl a, d’évidence, permis de renforcer la vigilance internationale sur le nucléaire civil – parce qu’il reste un domaine éminemment sensible et potentiellement dangereux – et la coopération de tous.

L’édification de l’arche de confinement en 2016, réalisée par un consortium français, a ainsi mobilisé des financements internationaux, illustrant une solidarité rare face à un risque commun. Tchernobyl, dont le démantèlement est loin d’être achevé, est encore un chantier en cours au chevet duquel la communauté internationale va devoir se pencher pendant de nombreuses années, voire plusieurs décennies.

Mais en ce jour anniversaire de la catastrophe, on a envie de laisser un instant de côté les questions techniques, les controverses sur les dangers ou les bienfaits de l’énergie nucléaire, les manquements et tâtonnements politiques de l’époque et les demandes actuelles toujours légitimes de réponses, ou les débats sur les échéances qui nous attendent pour le démantèlement du réacteur numéro 4. Aujourd’hui, le devoir de mémoire nous appelle à nous souvenir que cette catastrophe a aussi été un terrible drame humain, au-delà des chiffres et des rapports officiels. Celui des ingénieurs et techniciens présents cette nuit-là, celui des habitants de Pripyat contraints d’abandonner leur vie en quelques heures, celui, surtout, des liquidateurs – ces centaines de milliers d’hommes envoyés sans toujours comprendre ce à quoi ils étaient exposés.

Leur héroïsme doit être reconnu. Beaucoup ont affronté une menace invisible, dont les effets se sont révélés bien plus tard, dans les corps autant que dans les trajectoires de vie.

Tchernobyl n’est pas seulement une catastrophe industrielle, une zone où le danger ne meurt jamais. C’est une mémoire. Celle d’hommes dont le courage continue de nous obliger. Face à la puissance de la technique, la responsabilité humaine ne disparaît jamais ; elle engage chaque génération à ne jamais oublier.

(Editorial publié dans La Dépêche du dimanche 26 avril 2026, photo Emmanuelle Chaze)