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Éditos

L'autre transition



À l'heure où la transition écologique appliquée aux transports occupe le devant de la scène avec le mouvement des gilets jaunes et le débat sur la fiscalité des carburants issus d'énergies fossiles polluantes, il est une autre transition que vient de rappeler Générations futures : celle visant à limiter les pesticides. Cette association de défense de l'environnement vient de décortiquer l'immense base de données des ventes des distributeurs (BDVD) qui donne les quantités des différents pesticides commerciaux vendus en France. De ce travail titanesque sont sorties plusieurs cartes édifiantes. Pesticides non utilisables pour l'agriculture biologique, pesticides cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques (CMR), perturbateurs endocriniens (PE), ventes du désormais fameux glyphosate : tout y passe. Et ces cartes illustrent, mieux que de longs discours, le fait que la France, premier pays d'Europe par ses surfaces agricoles et second consommateur européen de pesticides, est bien dépendante de ces produits.

De ce constat – qui n'est pas nouveau – il convient assurément de tirer des leçons pour tous les acteurs de l'agroalimentaire : agriculteurs, industriels, politiques et scientifiques.

Côté agriculteurs, il faut rappeler que les producteurs sont bel et bien les premiers touchés par le potentiel impact des pesticides sur leur santé, particulièrement dans la viticulture, l'arboriculture et le maraîchage. Fut-elle tardive, la prise de conscience est désormais réelle et lors du dernier Salon de l'agriculture, la FNSEA, premier syndicat agricole, s'est engagée à réduire l'usage des pesticides. C'est heureux. Si une agriculture sans pesticides est illusoire, il convient d'en limiter dès aujourd'hui les effets. Non pas en stigmatisant ceux qui utilisent ces produits, mais en les accompagnant vers d'autres solutions plus respectueuses de l'environnement et de la santé, la leur et celle des consommateurs.

À l'autre bout de la chaîne, côté industriels, il convient très certainement de fixer de nouvelles règles. C'est ce à quoi s'emploie non sans mal la commission européenne du Parlement européen sur les procédures d'homologation des pesticides, dont le rapport sera soumis au vote le 6 décembre. Présidée par l'eurodéputé PS de l'Aude Éric Andrieu, cette commission a dû essuyer intimidations en série, piratage informatique, invitation à rencontrer secrètement de hauts responsables de l'industrie agrochimique, etc. Autant de pratiques détestables de lobbying qui attestent des enjeux financiers considérables des pesticides et donc de l'inflexibilité dont doivent faire preuve les élus, à Bruxelles comme à Paris.

Enfin, les cartes de Générations futures sont aussi un encouragement pour les scientifiques. À l'heure où le nouveau ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume, demandait récemment aux scientifiques de « faire la preuve » des conséquences des pesticides sur la santé (alors que la loi impose à l'industriel de prouver que son produit n'a pas d'effet sur la santé), il convient de soutenir la recherche pour qu'elle comprenne mieux l'impact des pesticides sur l'homme, et qu'elle leur trouve les meilleures alternatives.

On voit que cette transition écologique, entre preuves scientifiques, principe de précaution, et pression de lobbys nécessite, maintenant – comme pour les transports – un engagement global, seul gage de succès.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 21 novembre 2018)

Restaurer la confiance

mairie


Ce n'est pas le moindre des paradoxes que vivent les maires de France. Élus les plus appréciés des Français, édiles de proximité qui bénéficient de la meilleure cote de confiance de toute la classe politique, ils sont aussi ceux qui se sentent les moins considérés par l'Etat, les moins soutenus de tous les échelons. Leur congrès annuel, qui se tient à partir de mardi à Paris, va permettre d'ailleurs de constater le blues des élus locaux, mesuré cette année par le Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF) dans le cadre de l'Observatoire de la démocratie de proximité. Cette enquête, qui aborde de nombreux thèmes, avance un chiffre-choc : un maire sur deux ne compte pas se représenter en 2020 ; une proportion qui atteint même 55 % dans les plus petites communes. Alors qu'en 2014, lors des dernières élections municipales, 60 % des maires sortants avaient été réélus…

Pourquoi un tel changement, pourquoi certains décident de jeter l'éponge ? Nulle volonté cette fois de passer la main au nom du renouvellement des mandats – si nécessaire soit-il – mais plutôt l'expression d'une réelle inquiétude des élus et de leur lassitude pour un mandat aussi passionnant qu'exigeant, aussi prenant qu'ingrat, mais dont l'avenir s'est singulièrement assombri. Car depuis plusieurs années, les maires sont de plus en plus sollicités et doivent faire face à des administrés de plus en plus exigeants, prompts à ester en justice au moindre problème. Ils doivent également composer avec des capacités financières à la baisse pour leur collectivité, dans un contexte de profonde mutation dans l'organisation institutionnelle du pays. Entre le renforcement des régions dont le périmètre géographique s'est agrandi en 2013, des intercommunalités qui prennent de plus en plus d'importance et l'accélération du développement des grandes métropoles, quelle place va-t-il rester pour les 35 357 communes de France qui représentent quelque 40 % du total des municipalités de l'Union européenne ?

L'arrivée d'Emmanuel Macron à l'Elysée en mai 2017 aurait pu ouvrir un nouveau chapitre de la décentralisation, d'autant plus que son Premier ministre Edouard Philippe, ancien maire du Havre, ne cesse de répéter en toute occasion combien le mandat de maire est le plus beau de tous. Las ! C'est au contraire une recentralisation qui semble à l'œuvre. La mise en œuvre de la suppression de la taxe d'habitation, la volonté du gouvernement d'inciter fortement à des contractualisations conditionnant le versement de dotations, mais aussi des mesures mal vécues dans les zones rurales(comme la limitation à 80 km/h), ont acté la perte de confiance entre ce «président des villes» et les territoires. Avec la création d'un grand ministère des collectivités territoriales mi-octobre, un retour au terrain avec l'itinérance présidentielle du 11-Novembre, les liens semblaient se retisser peu à peu. En renonçant comme il l'avait promis à s'exprimer devant le congrès des maires, Emmanuel Macron envoie un bien mauvais signal à ces élus et éloigne un peu plus une réconciliation pourtant plus que jamais nécessaire.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 19 novembre 2018)

Mobilisation

école


Il suffit bien souvent d'une photo ou d'une vidéo symboles pour prendre conscience de l'étendue d'une situation, de l'ampleur d'un malaise, de la gravité d'un problème qu'on ne percevait pas ou mal, et que parfois on taisait. En quelques jours, deux vidéos viennent de jouer ce rôle. La première, révélée le 20 octobre, montre un élève du lycée public Edouard-Branly de Créteil menacer sa professeure avec une arme factice pour qu'elle l'inscrive « présent » à son cours de biotechnologie. La seconde, dévoilée hier, montre un enfant de 7 ans, raconter que lui et son petit frère sont régulièrement battus par un camarade de classe d'un établissement privé catholique de l'académie d'Amiens. « J'ai envie de rejoindre le Bon Dieu et de mourir », lâche le garçonnet en pleurs dans cette vidéo déchirante, diffusée en pleine Journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire.

Ces deux vidéos illustrent combien l'école est aujourd'hui devenue perméable aux comportements violents de la société : que ce soient ceux qui viennent de l'extérieur des établissements scolaires comme ceux qui se construisent à l'intérieur même de ces établissements. Une violence qui bouscule l'intégralité de la communauté éducative : professeurs ou proviseurs molestés par des élèves ou des parents, élèves harcelés par des camarades de classe, tous parfois menacés par des jeunes ou moins jeunes, extérieurs aux établissements.

Face à cette violence, il est urgent d'apporter des réponses, mais des réponses construites, réfléchies, pérennes, proportionnées et consensuelles, qui ne cèdent rien à l'émotion du moment – aussi légitime et compréhensible soit-elle.

La présence de policiers ou de gendarmes – qui a suscité l'indignation des enseignants – comme l'évaluation pointilleuse des professeurs ne sont sûrement pas de bonnes réponses. L'école n'est ni une caserne, ni une entreprise. Les seules réponses qui vaillent sont celles qui permettent à l'école d'être un lieu préservé pour remplir sa mission : la transmission du savoir.

Ces réponses à apporter, ces mesures nouvelles à inventer ne peuvent être trouvées qu'en mobilisant l'ensemble de la communauté éducative : les enseignants qui méritent soutien et écoute, les proviseurs et l'administration qui doivent entendre les dysfonctionnements soulignés par le mouvement #Pasdevague initié sur les réseaux sociaux. Mais aussi les municipalités, départements et régions, les représentants des parents d'élèves, les associations d'éducation populaire ou les fondations – comme celle du Groupe Dépêche – qui œuvrent pour la jeunesse.

Pour ce travail de co-construction, il conviendrait enfin d'ajouter les représentants des GAFA , car, quoi que ces multinationales du numérique en disent, leurs applications, leurs réseaux sociaux si prisés par les adolescents, véhiculent les images d'actes violents et parfois y contribuent quand il s'agit de cyberharcèlement.

La tâche, on le mesure, est immense mais elle est capitale pour que l'école reste ou redevienne le sanctuaire républicain qu'elle ne devrait jamais cesser d'être.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du 9 novembre 2018)

Cohabitation


Au lendemain des élections de mi-mandat aux Etats-Unis, ce sont plus que jamais deux Amériques qui se font face, deux visions de la société que l'on pourrait dire irréconciliables. Car en dépit des fanfaronnades habituelles de Donald Trump saluant pour son camp « un immense succès », républicains et démocrates, dont les électeurs se sont massivement mobilisés mardi, sortent déçus de ce scrutin qui les contraint à une classique cohabitation.

Les démocrates peuvent certes se féliciter d'avoir reconquis la Chambre des représentants, une première depuis huit ans. Et Nancy Pelosi, leader de la nouvelle majorité, peut assurer que la Chambre qui s'installera en janvier sera un contre-pouvoir réel à la politique de Donald Trump. Mais les démocrates s'attendaient sans doute à quelques victoires plus spectaculaires et vont devoir éviter toute «persécution» à l'égard d'un Donald Trump qui pourrait en tirer électoralement bénéfice. Sans compter qu'à deux ans de la présidentielle, un long travail de reconstruction idéologique attend toujours un parti très divisé, sans ligne politique claire. Et la recherche d'un leader qui puisse succéder à Barack Obama semble toujours aussi complexe.

Les républicains peuvent de leur côté se satisfaire d'avoir limité la casse. Sans vague bleue démocrate, ils conservent le Sénat, y progressent même. Donald Trump, qui a incontestablement pris l'ascendant dans son parti, est ainsi assuré de pouvoir continuer sa politique internationale de sanctions contre l'Iran et ses bras de fer commerciaux avec la Chine et l'Europe ; et aussi de pouvoir nommer sans obstacles des juges fédéraux ultraconservateurs. Mais les bâtons que vont mettre les démocrates dans les roues de sa politique peuvent être une réelle difficulté pour Donald Trump, qui a besoin d'un bilan pour se représenter.

Pour éviter que cette cohabitation ne débouche sur une paralysie totale du pays, chaque camp va devoir faire des concessions, retrouver le sens de l'intérêt général dans une Amérique plus divisée que jamais, marquée par une polarisation qui laisse peu de place aux positions modérées. Acculé à devoir coopérer, Donald Trump qui n'aime rien tant que décider seul sera-t-il capable de transiger ?

(Commentaire publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 8 novembre 2018)

Omerta



Pour condamner l'avortement, le pape François n'hésite pas à emprunter le vocabulaire de la mafia, comme lorsqu'il avait récemment comparé l'interruption volontaire de grossesse au recours à un « tueur à gages ». Il est un terme mafioso par excellence que le chef de l'Église catholique devrait considérer concernant les affaires de pédophilie qui touche son clergé : l'omerta. Car, à bien y regarder, la multiplication, ces dernières années, des scandales de viols et d'agressions sexuelles sur mineurs commis par des religieux a mis en lumière comment la loi du silence a régné pendant des décennies – et semble parfois régner encore – au sein de l'Église, jusqu'au plus haut niveau de la Curie.

Aux États-Unis, au Chili, en Allemagne, en Irlande ou en Australie, ce sont des dizaines d'affaires similaires qui ont été commises par des prêtres, ensuite couverts par leur hiérarchie. Il aura fallu le courage des victimes et de leurs familles, doublement trahies dans leur foi et dans leur chair, et très souvent la pugnacité de la presse pour révéler des scandales qui s'étalent parfois pour certains d'entre eux sur plusieurs dizaines d'années. À l'heure des réseaux sociaux et d'une société plus transparente, le système de silence et parfois de protection, le règne du mutisme et parfois du mépris pratiqués par l'Église ne pouvaient, d'évidence, plus tenir.

Le pape Benoît XVI avait pris l'ampleur et le danger pour l'Église des scandales à répétition, en donnant, le premier, des consignes de tolérance zéro envers les prêtres pédophiles. Le Vatican avait alors reconnu avoir reçu des diocèses locaux des milliers de rapports d'abus. Au final quelque 400 prêtres ont été défroqués au cours du pontificat de Benoît XVI – des chiffres jugés bien insuffisants par les associations de victimes. Alors que les scandales se poursuivaient, le pape François a confessé sa « honte » dans une lettre « au peuple de Dieu », puis a demandé pardon aux victimes d'abus sexuels, notamment lors d'une visite en Irlande. Insuffisant là aussi pour les victimes qui dénoncent des sanctions souvent tardives ou pas à la hauteur des enjeux.

C'est dans ce contexte que s'ouvre aujourd'hui la conférence des évêques de France à Lourdes. Il y a un peu plus de deux ans dans cette enceinte, en mars 2016, le cardinal Barbarin, accusé de n'avoir rien fait pour stopper les agissements d'un prêtre pédophile de son diocèse, avait lâché que « la majorité des faits grâce à Dieu sont prescrits »… C'est dire si la conférence de cette année va devoir montrer que l'Église de France a, depuis, pris la mesure de la pédophilie dans ses rangs. Plus que des dispositifs d'écoute des victimes – ils sont nécessaires –, plus que l'expression de la honte ou la demande de pardon – ils sont attendus –, les croyants, comme ceux qui ne le sont pas, attendent du clergé qu'il sorte de l'ambiguïté, fut-ce à son détriment, qu'il prenne ses responsabilités et les mesures pour en finir avec l'omerta et l'aveuglement.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 3 novembre 2018)

Le jeu, c'est du sérieux

paris games week


En 1975, petits et grands s'émerveillaient devant leur téléviseur, les yeux rivés sur deux triangles blancs se renvoyant un petit carré de part et d'autre d'une ligne en pointillé départageant en deux l'écran noir. Pong, ce jeu simplissime imaginé trois ans plus tôt par l'Américain Nolan Bushnell et développé par Allan Alcorn, a fait le succès d'Atari et donné le top départ de l'incroyable aventure des jeux vidéo. En moins de cinquante ans, profitant de l'exponentielle montée en puissance de l'informatique, les jeux sont devenus de véritables œuvres, passant des salles d'arcades aux chambres des adolescents voire au salon des parents ou à celui des maisons de retraite et investissant, désormais, nos mobiles et demain nos casques de réalité virtuelle.

Aujourd'hui, on est bien loin de Pong et les jeux vidéo, lancés partout dans le monde, disposent, pour les plus importants d'entre eux, de budgets dignes des blockbusters du cinéma américain. Comme ces films, ils mobilisent des équipes pléthoriques (scénaristes, illustrateurs, programmateurs, etc.) et sont porteurs d'une certaine culture – la culture geek – qui, plus qu'aucune autre, a su se remettre en cause, évoluer au gré des attentes des joueurs, des générations, des technologies… et des polémiques.

Car le jeu vidéo a souvent eu mauvaise presse, souffrant de tous les clichés. La violence de plusieurs titres accusés par certains d'avoir une responsabilité dans les tueries scolaires, notamment aux États-Unis ; la représentation controversée de la femme, de la sexualité, de la religion ; l'addiction qu'ils provoqueraient chez les joueurs ; le piratage endémique dont ils seraient porteurs : autant de polémiques qui reviennent régulièrement.

Portées par des parents ou des professionnels de la santé, elles sont parfois tout à fait légitimes, et l'industrie du jeu vidéo a établi avec les pouvoirs publics un certain nombre de règles qui sont bien respectées. Provoquées ou attisées à des fins politiciennes, ces polémiques, qui font des jeux vidéo des boucs émissaires faciles, rejoignent alors les fake news. Et lorsqu'en septembre dernier, un portrait publié dans la presse de l'ex-ministre de la Culture Françoise Nyssen indique «jeux vidéo» dans la colonne «j'aime pas», on frôle la faute politique (heureusement rattrapée depuis).

Car le jeu vidéo, plébiscité comme loisir familial, a largement dépassé son seul aspect ludique pour devenir un phénomène de société et un atout économique. En 2019, le chiffre d'affaires mondial du jeu vidéo devrait être de 118,6 milliards de dollars. En France l'an dernier, il a atteint 4,3 milliards d'euros, affichant une croissance de +18 %. Un succès populaire et économique donc, qui doit aussi beaucoup à la créativité d'une filière française dont la french touch, saluée à l'international, est un atout diplomatique à l'heure du soft power et de la défense de l'exception culturelle. Plus que jamais, le jeu, c'est du sérieux.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 2 novembre 2018)

Défaites



« Dans une guerre civile, la victoire même est une défaite », disait le poète latin Lucain. En Syrie, après sept ans d'une guerre sanglante qui fut d'abord une insurrection et, pour beaucoup, une révolution dans le sillage des Printemps arabes de 2011, on voit bien que la victoire du régime de Bachar al-Assad – qui est encore loin d'être définitivement acquise – sera assurément une défaite pour ce pays de quelque 18 millions d'habitants aujourd'hui, après l'exil de près de 5 millions de Syriens...

Une défaite pour le président syrien quand bien même se proclamerait-il victorieux. Jadis dirigeant moderne, laïque, protecteur des minorités en Orient, Bachar al-Assad était un acteur clé de la région progressivement apprécié par l'Occident. Il s'est mué en un dictateur impitoyable, autorisant la répression et la torture à une échelle rarement vue et vraisemblablement l'emploi d'armes chimiques pour garder à tout prix un pouvoir clanique.

Une défaite pour l'opposition syrienne, ensuite. Appelée au début «Armée syrienne libre» (ASL), elle n'aura jamais réussi à se constituer en une force coordonnée et centralisée. De plus, trop dépendante de l'aide extérieure pour son financement et son équipement, elle est apparue trop morcelée et a été dominée petit à petit par des islamistes plus ou moins radicaux, éloignant de fait la perspective d'une transition politique.

Une défaite pour les Occidentaux aussi qui ont naïvement cru que le vent de révolte qu'avaient fait souffler des collégiens à Deraa en mars 2011 était le même que celui de la révolution de Jasmin en Tunisie. Et qui ont par la suite multiplié les erreurs d'appréciation et affiché leur incapacité à avoir une position commune claire au-delà de la seule dénonciation des atteintes aux droits de l'Homme. Tout le contraire des Russes qui, grâce à leur très bonne connaissance de la région, sont revenus au premier plan tant sur le terrain que sur la scène internationale. Tout le contraire aussi d'autres pays comme l'Iran, l'Arabie saoudite ou la Turquie pour lesquels la Syrie est devenue un jeu d'échecs.

À ces défaites s'ajoute celle – en trompe-l'œil – des jihadistes de l'Etat islamique. Certes, sous les coups des forces kurdes syriennes au sol et de l'appui de la coalition internationale menée par les Etats-Unis dans les airs, Daech a subi de lourdes défaites et le califat n'est plus qu'un souvenir. Mais son idéologie a essaimé partout dans le monde, Daech revendiquant de nombreuses actions terroristes.

Ces défaites qui bouleversent la géopolitique font peut-être oublier l'essentiel : ce que vivent réellement les Syriens. Qu'est devenu leur quotidien après des années de conflit et quelque 350 000 morts ? Qui sont ceux qui sont restés en dépit de tout quand 5 millions de Syriens ont fui le pays pour devenir des réfugiés ? Quelles sont les aspirations d'un peuple essoré par cette guerre sans fin ?

Pour répondre à ces questions et comprendre cet Orient compliqué où se jouent les mécaniques du chaos, la presse reste essentielle pour recueillir sur place, parfois au péril de la vie de ses journalistes mais loin des propagandes et des fake news, les témoignages de ceux qui vivent en Syrie et qui, au-delà de toutes les défaites, nous racontent l'espoir et leur envie de paix.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 29 octobre 2018)

Tout bio, tout bon ?

bio


Il y a parfois des coïncidences étonnantes. Le nouveau ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume, demande aux scientifiques de « faire la preuve » des conséquences des pesticides sur la santé. Comme si les chercheurs ne s'étaient jamais penchés sur le sujet et comme si la loi n'imposait pas au producteur du pesticide, et à lui seul, de prouver que son produit n'a pas d'effet sur la santé. Au même moment, une étude scientifique, française qui plus est, vient de paraître démontrant que l'alimentation bio réduit significativement les risques de cancer.

Publiée lundi 22 octobre dans la revue JAMA Internal Medicine, cette étude épidémiologique est ainsi la première à pointer de tels risques dans la population générale, s'agissant du cancer. Surtout, c'est son amplitude qui impose qu'on s'y arrête avec attention : un échantillon de 68 946 participants à la cohorte NutriNet-Santé a été suivi pendant 7 années de 2009 à 2016. Les résultats sont édifiants : une diminution de 25 % du risque de cancer (tous types confondus) a été observée chez les consommateurs «réguliers» d'aliments bio comparés aux consommateurs plus occasionnels. Cette association était particulièrement marquée pour les cancers du sein chez les femmes ménopausées (-34 % de risque) et les lymphomes (-76 % de risque).

Faut-il dès lors en conclure qu'il y a moins de cancers chez les consommateurs bio ? Non. Les scientifiques qui ont réalisé l'étude se gardent bien de tenir une affirmation aussi frontale, et préfèrent parler de plausibilité. Attitude sage car l'étude, aussi exceptionnelle soit-elle, comporte des biais comme le fait que les participants ont généralement un niveau d'éducation plus élevé que la moyenne et un style de vie plus sain, et qu'on n'a pas quantifié de manière précise la quantité de produits bio qu'ils ont ingérés.

Au-delà, si les bénéfices du bio sont évidemment tangibles, il convient aussi de rappeler que ce marché de 8 milliards d'euros qui suscite la convoitise de la grande distribution, présente aussi des zones d'ombre, particulièrement en ce qui concerne les labels. Le label européen, par exemple, ne certifie pas que tel ou tel produit est dénué de tout pesticide mais que le producteur a mis en œuvre les conditions pour y parvenir. Le label AB, bien connu, tolère pour sa part jusqu'à 0,9 % d'OGM… Et que dire par ailleurs des produits cultivés sous une mer de serres de plastique en Espagne : bio peut-être, mais pas vraiment écolo…

Dès lors, si la demande bio est légitime de la part des consommateurs et si elle mérite l'encouragement des pouvoirs publics, particulièrement avec des circuits courts, il faut se garder de stigmatiser les produits qui ne sont pas bio et ceux qui les produisent, parfois dans des conditions difficiles. La publication de l'étude NutriNet-Santé montre qu'il faut d'une part que les scientifiques poursuivent leurs recherches et d'autre part que les consommateurs bénéficient de l'information la plus transparente possible sur ce qu'ils ont dans leur assiette.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 24 octobre 2018)

Engagements

EmmanuelMacron


En se rendant hier dans l'Aude au chevet des sinistrés des inondations historiques qui ont frappé le département il y a une semaine, Emmanuel Macron est venu, d'évidence, signifier trois engagements.

Engagement, d'abord, de la Nation auprès des Audois qui, pour certains, ont tout perdu dans les crues qui ont dévasté 126 communes aujourd'hui concernées par un arrêté de catastrophe naturelle. Père de la nation et donc garant de la fraternité de notre devise, le chef de l'Etat se devait d'aller réconforter nos concitoyens, fut-ce une semaine après le drame, pour leur dire la solidarité du pays. Avec gravité, chaleur et compassion, Emmanuel Macron a su trouver les mots, les gestes pour chacun et assurer tous les sinistrés que l'Etat serait à leur côté pour qu'ils soient indemnisés.

Engagement ensuite en faveur des territoires meurtris et donc des collectivités qui vont désormais s'atteler à une longue reconstruction pour effacer quelque 200 millions d'euros de dégâts. En annonçant un fonds de 80 millions d'euros, Emmanuel Macron a su trouver le geste adéquat susceptible de montrer toute la considération que l'Etat porte aux collectivités territoriales. Alors que la colère de ces dernières contre sa politique est allée crescendo ces derniers mois, il y a, là aussi, un message d'apaisement. Le même qui s'est esquissé lors du remaniement avec la création d'un grand ministère de la Cohésion des territoires, ou vendredi autour du Premier ministre avec les présidents de Région.

Engagement, enfin, plus personnel, de re-présidentialisation de sa fonction. Après un été catastrophique marqué par l'affaire Benalla, le départ de deux poids lourds – l'iconique Nicolas Hulot et le premier marcheur Gérard Collomb – et les petites phrases qui passent mal, il devenait urgent pour Emmanuel Macron de restaurer son image.

Le déplacement dans l'Aude, le premier en province depuis le remaniement, a été à la conjonction de ces trois engagements qui apparaissent véritablement comme la première étape de l'an II du quinquennat. Ils étaient nécessaires. Reste à savoir s'ils seront suffisants à Emmanuel Macron pour remonter des courbes de popularité qui ont beaucoup baissé et entamer la reconquête.

(Editorial publié dans La Dépêche du mardi 23 octobre 2018)

Redynamiser et reconnecter

mairie


Le démarrage encourageant de l'opération « Action cœur de ville », qui vient de passer le cap des six mois d'existence, illustre deux choses.

La première, c'est qu'en matière d'aménagement du territoire, il n'y a jamais de fatalité. On pourrait même dire que là où il y a une volonté, il y a un chemin. Car face à la métropolisation galopante qui opère partout en France – comme en Europe d'ailleurs – face au développement de grands centres commerciaux en périphérie des villes ou de l'extension de zones commerciales qui assèchent les centres de leurs commerces, des élus locaux, tous les jours, font preuve d'une solide volonté pour endiguer un phénomène qui touche fortement les villes moyennes de 10 000 à 100 000 habitants. Face à un tissu socio-économique fragile, un déséquilibre concurrentiel entre les commerces de périphérie et ceux du centre-ville, la perte d'équipements structurants ou de services du quotidien, mais aussi des modes de vie qui ont énormément changé ces dernières années, les élus réfléchissent, imaginent des projets de rénovation, de développement ou d'embellissement de leur centre-ville en mobilisant des moyens souvent conséquents au terme de nombreuses heures de concertation avec les habitants. On peut d'ailleurs citer d'autres opérations similaires à «Action cœur de ville» qui, à une autre échelle que celle des villes moyennes, œuvrent à la redynamisation comme les opérations centre-bourg ou cœur de village. Ces initiatives restent souvent complexes mais elles marchent.

Le second enseignement que l'on peut tirer des débuts d'Action cœur de ville – et qui vaut aussi pour les autres programmes – est que tous les acteurs travaillent de concert : l'Etat et ses services, les élus des municipalités, des conseils départementaux et régionaux. Autrement dit, il y a là un exercice de collaboration, de co-construction qui donne tout son sens à ce que peut être une décentralisation fructueuse et qui peut être le point de départ d'une nouvelle relation entre l'Etat et les collectivités.

Car depuis plusieurs mois, la colère des élus locaux ne faiblit pas contre la politique d'Emmanuel Macron, accusé, à tort ou à raison, d'être un « Président des villes » qui malmène les territoires. La grogne a visiblement été entendue puisque lors du dernier remaniement, pas moins de trois ministres ont été nommés pour occuper le ministère de la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités. Et vendredi, Edouard Philippe a réuni les présidents de Région avec plusieurs ministres pour redéfinir une méthode de dialogue. Reste maintenant à passer de la parole aux actes.

Pour son premier déplacement en province depuis le remaniement, Emmanuel Macron est aujourd'hui en Province, dans l'Aude, après l'épisode dramatique des inondations de la semaine dernière. Le chef de l'Etat exprimera très certainement la solidarité nationale mais il aura aussi l'occasion de montrer dans le même temps sa volonté de reconnecter la relation entre l'Etat et les collectivités, voire de la réparer.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi lundi 22 octobre 2018)

S'adapter et prévoir

inondations


Trois jours après les inondations historiques qui ont frappé l'Aude, un double sentiment nous étreint. D'abord la fierté de voir que dans une société souvent décriée pour son individualisme, la solidarité, la fraternité de notre devise nationale, ne sont pas de vains mots. Solidarité avec les sinistrés au sein des familles elles-mêmes qui ont tout perdu, solidarité entre voisins de galère, solidarité entre des gens qui ne se connaissaient pas la veille et qui partagent aujourd'hui un destin commun, solidarité entre villages sinistrés et ceux qui ont été épargnés. Solidarité plus large des habitants de la région et notamment ceux qui, très nombreux, ont répondu avec une incroyable générosité à l'appel aux dons relayé par notre groupe de presse. Solidarité, enfin, des institutions locales, départementales, régionales et nationales pour aider, soulager, et indemniser au plus vite en vue de la reconstruction. Face au drame des inondations de l'Aude, c'est bien tout un pays qui s'est senti concerné, touché, et, après le Premier ministre Édouard Philippe lundi, Emmanuel Macron viendra dire sur place dans quelques jours toute la solidarité de la nation.

Le second sentiment qui nous étreint est la conviction qu'au-delà de l'émotion qui forcément s'émoussera, il va falloir d'urgence s'adapter, sans attendre qu'un nouvel épisode orageux ne vienne endeuiller un autre territoire de France ou d'Outremer. Adapter nos modes de vie, nos territoires, nos constructions pour faire face à ces phénomènes météorologiques de plus en plus intenses doit être notre boussole. Il nous faut prendre plus que jamais toute la mesure de la vulnérabilité de nos territoires, car l'urbanisation intense dans des espaces naturels fragiles participe évidemment à la saturation des sols et l'aggravation des dommages. Il existe bien depuis plusieurs années des Plan de Prévention des Risques d'Inondation (PPRI) qui empêchent de construire en zones inondables, mais qui ne touchent pas à l'existant, celui-là même qui peut, demain, être frappé.

Pour améliorer la sécurité des personnes et limiter les dégâts en cas de crue, c'est donc bien un vaste travail de réflexion qui doit être mené sous l'égide de l'État : revoir les modalités d'aménagement sans entraver le développement socio-économique, stabiliser des zones à risques existantes en tenant compte des particularités locales, et informer, sensibiliser beaucoup mieux que jusqu'à présent les populations en les dotant d'outils de diagnostic et de système d'alerte plus performants. Relever ce défi immense, qui nécessite une vraie volonté politique, sera la meilleure façon de rendre hommage aux victimes et sinistrés de l'Aude.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi jeudi 18 octobre 2018)

Equations

gouvernement


On connaît depuis longtemps l'appétence d'Emmanuel Macron pour le théâtre, la littérature, l'histoire ou la philosophie. Mais depuis deux semaines, le président de la République s'astreint à une discipline bien plus rugueuse de mathématique politique pour résoudre l'équation du remaniement. Un remaniement qui s'est imposé à lui après un été cauchemardesque commencé avec l'affaire Benalla et une rentrée catastrophique se soldant par le départ de deux ministres d'État, l'iconique et populaire Nicolas Hulot et le marcheur de la première heure et son père politique Gérard Collomb. Et c'est peu dire qu'Emmanuel Macron, qui déteste se faire imposer son agenda, a dû retrousser ses manches pour résoudre cette équation à multiples inconnues. Car aux questions habituelles de tout remaniement – quel périmètre, qui faire partir, qui faire entrer ? – le Président a dû trouver des solutions à des problématiques consubstantielles à sa propre histoire politique et celle de son jeune mouvement La République en marche où les poids lourds sont rares. Respecter la parité hommes-femmes, redonner des gages à l'allié Modem négligé, assurer l'équilibre «et de droite et de gauche», trouver le juste accord entre personnalités expertes issues de la société civile et élus madrés, politiquement capables de monter au créneau pour le défendre si besoin, etc. Pour celui qui se revendique maître des horloges, la tâche relevait de la haute horlogerie pour retrouver cet esprit de «en même temps» qui avait tant séduit les Français et été le moteur de la victoire de mai 2017.

Le résultat est tombé hier après une interminable attente. Et au final, le remaniement est moins large qu'attendu. On sent bien que chaque nomination a été pesée au trébuchet. Récompenser des alliés avec Marc Fesneau (Modem) ou Franck Riester (Agir-Les Constructifs, ex-LR) ; promouvoir des fidèles avec Christophe Castaner au ministère stratégique de l'Intérieur ; saluer des compétences avec Jacqueline Gourault ; introduire des experts comme Laurent Nuñez, ex-patron de la DGSI ; réaliser quelques prises de guerre avec l'ex-socialiste Didier Guillaume à l'Agriculture ; et surtout solder les erreurs de castings devenus les boulets qu'étaient Françoise Nyssen, mal à l'aise à la Culture et lestée de ses affaires immobilières et Jacques Mézard, incapable de retisser les liens avec les territoires...

Cette nouvelle équipe permettra-t-elle à l'exécutif à la popularité en berne de prendre un nouveau départ ? De trouver un nouveau souffle pour poursuivre les réformes à sept mois d'élections européennes à risques ? Les mois qui viennent le diront et cette équipe va pouvoir – et devoir – faire rapidement ses preuves… en poursuivant la même action que la précédente au nom de la cohérence politique et de la conviction que les résultats finiront bien par venir d'ici la fin du quinquennat.

Nouvelle équipe, même cap : voilà donc la solution à l'équation proposée par le Président qui paraphrase l'écrivain Giuseppe Tomasi di Lampedusa « Il faut que tout change pour que rien ne change… » Mais il reste une équation à résoudre. Celle, personnelle, du chef de l'État dont le style, les mots, l'attitude, le rapport avec les Français ont, ces derniers mois, agacé souvent, exaspéré parfois et même inquiété jusque dans sa majorité. Car dans ce régime présidentiel de la Ve République ou tout remonte vers le chef de l'État et tout découle de lui, plus encore dans ce quinquennat, Emmanuel Macron doit – enfin – se garder de tout excès de confiance pour espérer renouer avec les Français. Pour résoudre cette équation-là, l'alchimie entre un Président et son peuple, Emmanuel Macron est seul à pouvoir trouver la solution.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 17 octobre 2018)

Solidarité d'abord

inondations


Des pluies torrentielles, des maisons inondées, des voitures emportées comme des fétus de paille par des rivières en furie qui charrient tout, détruisent habitations, routes et ponts, laissant un paysage de désolation, des populations sinistrées, meurtries, et parfois endeuillées. Ce n'est pas la première fois que l'Aude est ainsi frappée par des pluies diluviennes ; et chacun garde en mémoire les inondations de 1999. Mais hier, ces intempéries violentes qui se sont abattues sur ce département d'Occitanie, ont franchi un cap historique. Jamais depuis 1891 on n'avait, en effet, vu un tel déluge.

Face au bilan humain terrible, qui pourrait s'alourdir encore dans les heures qui viennent, c'est bien sûr toute notre solidarité qui doit s'exprimer envers les populations affectées. Solidarité des habitants de la région mais aussi solidarité nationale. Face à un tel drame, il était bien normal que le Premier ministre Edouard Philippe – qui est aussi encore quelques heures celui de l'Intérieur – effectue hier un déplacement dans l'Aude pour réconforter nos concitoyens et les assurer du soutien sans failles de l'Etat.

À cette solidarité il convient d'ajouter la gratitude que chaque citoyen doit avoir envers les secours qui se sont rapidement et efficacement mobilisés. Pompiers, gendarmes, militaires, secouristes, hôpitaux ont été comme toujours en première ligne avec courage et efficacité pour aider les populations et appuyer les élus locaux. Cette solidarité, cette gratitude vont perdurer pendant les jours qui viennent, le temps de panser les plaies, de faire le deuil des disparus. Viendra ensuite le temps de l'analyse, des questions et peut-être des polémiques.

Car cet épisode cévenol historique interroge sur l'évolution du climat et notre façon d'y faire face. Plus que la fréquence, c'est l'intensité de ces intempéries qui questionne. Des intempéries qui sont l'une des conséquences d'un réchauffement climatique désormais difficilement contestable. Face à de tels phénomènes, il convient de mieux se préparer, d'imaginer des politiques publiques plus ambitieuses, des solutions nouvelles en termes d'urbanisme, de constructions, d'aménagement et d'adaptation du territoire, d'alerte des populations. Ces réflexions sont souvent déjà en cours et communes, départements, régions, ont déjà mené nombre d'actions avec le soutien de l'État. Le drame de l'Aude nous oblige à redoubler d'efforts, à aller plus loin pour s'adapter à cette nouvelle donne climatique.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du 16 octobre 2018)

Visionnaire ?

hyperloop


En janvier dernier, le milliardaire américain Elon Musk lançait un défi sur Twitter : s'il réussissait à vendre 50 000 casquettes 20 $ à l'effigie d'une de ses sociétés, The Boring company, il vendrait alors… un lance-flammes ! Buzz immédiat, incrédulité mais projet bien réel. Vidéo à l'appui où il se mettait en scène, le PDG annonce la commercialisation de sa «superbe terrible idée» à 500 $ pièce. Les casquettes vendues, la production de lance-flammes, malicieusement baptisés «Pas un lance-flammes», démarre. 20 000 appareils – fournis gracieusement avec un extincteur – partent en quatre jours et rapportent 10 millions de dollars.

Toute la philosophie d'Elon Musk semble résumée dans cette anecdote : d'un côté le sérieux – la Boring company réfléchit à construire des tunnels pour lutter contre les embouteillages des grandes villes – et le fantasque, avec des idées folles empruntées à la culture geek, des défis improbables comme ceux que les enfants se lancent. Et entre les deux des réussites spectaculaires que peut afficher ce PDG-Jules Vernes, visionnaire pour les uns, illuminé pour les autres.

Qui aurait parié en 2002 sur la réussite de Space X qui, en moins de 15 ans, est devenu un acteur majeur des lanceurs spatiaux en diminuant fortement les coûts de mise en orbite ? Qui aurait parié, en 2003, que Tesla allait révolutionner la voiture 100 % électrique, face aux mastodontes de l'industrie automobile mondiale, et continue encore, malgré des difficultés, à bousculer les idées reçues sur ce que peut être l'automobile de demain ? En sera-t-il de même avec Hyperloop, ce projet de capsules transportant à 1 000 km/h voyageurs ou marchandises dans des tubes ? En tout cas, l'idée d'un tel moyen de transport – pour lequel Elon Musk n'a déposé aucun brevet, privilégiant l'open source collaboratif – a déclenché une course, de vitesse bien évidemment, entre plusieurs sociétés. Hyperloop One, Hyperloop Transportation Technologies (HTT), et Transpod accélèrent pour être les premières à démontrer la faisabilité technique et le bien-fondé commercial. Et il est heureux de voir que la France, pays pionnier de la grande vitesse qui avait expérimenté dans les années 60 l'Aérotrain de Jean Bertin entre Paris et Orléans, est de la partie : HTT s'est installé à Toulouse-Francazal, Transpod dans le Limousin pour bâtir des tubes d'essais…

Pour l'heure, nul ne sait si les capsules Hyperloop seront un jour réellement opérationnelles à grande échelle, si elles peuvent être compétitives face à des rames de TGV permettant d'atteindre un trafic de 15 000 voyageurs par heure sur un tronçon donné, là où les petites capsules de 40 personnes n'autoriseraient que 4 800 voyageurs par heure. «Hyperloop est un projet à la fois allumé et visionnaire» résumait Guillaume Pépy, président de la SNCF.

Un projet qui pousse la recherche scientifique et technologique à se dépasser et qui doit, aussi, nous interroger sur les conséquences de cette course à la vitesse qui réduit le temps au seul présent. «Le progrès de la vitesse réduit la grandeur du monde», estimait l'urbaniste Paul Virilio, qui avait créé la dromologie, l'étude de la vitesse dans la société. Au-delà de la prouesse technologique, Hyperloop pose ainsi notre rapport à la grandeur du monde.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du 13 octobre 2018)

Equité

senior


En 1889, lorsqu'il s'apprêtait à mettre en place en Allemagne le premier système de retraites par répartition, le chancelier Bismarck aurait demandé à l'un de ses conseillers : « A quel âge faut-il fixer l'âge de la retraite pour qu'on n'ait jamais à la verser ? » « À 65 ans », lui aurait-il répondu… faisant sourire Bismarck qui avait alors 74 ans. Derrière l'anecdote, c'est toute la problématique des retraites qui était – déjà – posée et qui, presque 130 ans plus tard se pose à nouveau à Emmanuel Macron à l'heure où son gouvernement va engager une réforme de notre système des retraites fondé par le général de Gaulle en 1945, sur la base du programme du Conseil national de la Résistance. Une problématique qui se résume en une question. Comment continuer à avoir un système par répartition pérenne qui ne mette pas en péril les deniers publics, alors que, d'une part, il va y avoir 1,5 actif pour 1 retraité à l'horizon 2030 (contre 2,5 pour 1 en 1970), et que, d'autre part, l'espérance de vie a fortement augmenté ?

À cette question, les gouvernements de droite et de gauche ont chacun apporté ces dernières années des réponses dont au final on retient surtout le recul de l'âge de départ à la retraite. Emmanuel Macron, tout à sa volonté disruptive, a décidé d'engager le big bang que ses prédécesseurs, par électoralisme ou manque de courage politique, n'ont pas osé faire. Il s'agit de mettre en place, de façon progressive, un nouveau système universel avec un «principe d'égalité» stipulant que pour chaque euro cotisé, il y aurait le même droit à pension pour tous ; et un principe de maintien de l'âge de départ à la retraite, fixé actuellement à 62 ans.

Reste que ce « principe d'égalité » mis en avant et martelé par l'exécutif n'est pas – en l'état des concertations – un principe d'équité. Si l'on peut déplorer le maquis des quelque 40 régimes de retraites différents en France, on ne peut pas passer par pertes et profits le fait qu'ils ont été mis en place justement pour tenir compte et corriger des situations professionnelles particulières. Un seul régime universel assurera-t-il vraiment un traitement équitable de tous ? Et si l'on s'achemine vers une retraite à points, forcément très individualisée, en remplacement du système actuel par trimestre, est-on sûr que l'esprit de solidarité et de péréquation sera bien maintenu, par exemple avec les carrières longues ou les métiers pénibles ?

La vaste remise à plat que souhaite Emmanuel Macron, on le voit, soulève questions et inquiétudes, notamment de la part des syndicats. Bien plus que la réforme du Code du travail ou celle de la SNCF, celle des retraites est hautement risquée pour l'exécutif et il faudra tout le doigté du haut-commissaire Jean-Paul Delevoye, et probablement quelques concessions, pour que le pari d'Emmanuel Macron réussisse.

Car le président, en difficulté depuis l'été, joue gros sur ce dossier : à la fois sa capacité à «transformer» l'une des clés de voûte de notre système social à la française, mais aussi la possibilité de renouer avec ceux qui sont déjà retraités et qui, se sentant malmenés depuis le début du quinquennat, demandent, là aussi, un peu plus d'équité.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 11 octobre 2018)

Remaniement

airbus


Des difficultés inattendues qui atteignent jusqu'au chef et font tanguer un édifice qu'on pensait inébranlable, des ego qui se bousculent de plus en plus, des ambitions qui s'affirment, des envies d'ailleurs qui se font jour au sein de l'équipe, et des départs en cascade depuis plusieurs mois qui inquiètent les partenaires et réjouissent les concurrents. Le tout dans un contexte international difficile où se dessine un nouveau monde qui fait éclater les pratiques anciennes. Alors pour retrouver un nouveau souffle, prendre un nouveau départ, une seule solution : le remaniement. Du gouvernement ? Raté. Le remaniement dont il s'agit n'est pas celui que préparent Emmanuel Macron et Édouard Philippe et qui occupe réseaux sociaux et chaînes d'informations en continu depuis une semaine. Cet autre remaniement, c'est celui qui est en cours chez Airbus dont le conseil d'administration, réuni ce lundi 8 octobre, a désigné le successeur de Tom Enders, en poste depuis 2012.

Guillaume Faury, ex-président d'Airbus helicopters devenu il y a quelques mois président d'Airbus aviation commerciale (AAC), qui était évoqué pour le poste, deviendra donc bien le président exécutif d'Airbus en mai prochain. Au terme d'un parcours fulgurant qui aura vu l'élimination de tous ses rivaux pourtant autrement plus madrés que lui, notamment Marwan Lahoud, parti en février 2017, Fabrice Brégier, le numéro deux qui a quitté le groupe en février dernier et Harald Wilhelm, directeur financier qui devrait quitter le géant aéronautique avec Enders au printemps.

Cette accélération dans le choix du successeur de Tom Enders s'explique sans doute par la volonté de rassurer les marchés après des mois de tensions internes marqués par la guerre des chefs Enders-Brégier. Une guerre qui s'était ouverte en 2016 lorsqu'Airbus s'est retrouvé au centre d'enquêtes ouvertes en Grande-Bretagne puis en France pour des faits de corruption présumée concernant des irrégularités dans les contrats d'avions commerciaux. Tom Enders avait lui-même affiché publiquement fin 2017 sa volonté d'en finir avec ces pratiques anciennes consistant à faire appel des intermédiaires difficilement contrôlables. Ce faisant, il savait que son sort était scellé et que son mandat ne pourrait être renouvelé au printemps 2019.

Au-delà de l'apaisement à retrouver en interne, les chantiers, les défis du futur président d'Airbus sont, en tout cas, d'autant plus immenses que le groupe aéronautique aux 129 000 salariés – succès industriel européen et symbole de la coopération franco-allemande – doit impérativement se renouveler. Bien sûr pour faire face à la concurrence de Boeing, l'éternel rival, mais aussi pour affronter une nouvelle donne, la révolution du «new space» qui a vu émerger des acteurs agiles en Inde, en Chine ou aux États-Unis (comme Space X) et aux objectifs ambitieux (cap vers la Lune, vers Mars). Au Congrès international de l'astronautique jeudi dernier, Tom Enders a d'ailleurs appelé l'Europe à ne pas rater le rendez-vous de cette «société orbitale.» Une «recommandation» qui sonnait, déjà, comme le testament du bientôt ex-président d'Airbus.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 9 octobre 2018)

Éviter l'État Big Brother

camera


Les années passent et le débat sur la vidéosurveillance persiste, opposant deux camps qui semblent irréconciliables. D'un côté les partisans de tels systèmes de sécurité, rebaptisés vidéoprotection, qui assurent que l'installation de caméras permet réellement de prévenir voire de réduire la délinquance sous toutes ses formes (agressions, cambriolages, etc.) et de lutter contre les actes terroristes. Les élus, qui souhaitent légitimement répondre à des demandes expresses de leurs administrés ou qui font de la vidéosurveillance l'alpha et l'oméga de leur politique de lutte contre la délinquance, ont ainsi développé, dans les grandes villes mais aussi dans des bourgs, de tels systèmes. Et depuis les premières installations réalisées dans les années 90, les caméras se sont multipliées sur la voie publique au point que l'objectif de 60 000 caméras qu'avait fixé en 2007 la ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie dans son plan national de vidéoprotection a été largement dépassé. Nombre d'habitants réclament d'ailleurs des caméras avec des arguments : si ces dispositifs empêchent ne serait-ce qu'un délit ou un crime, ne sont-ils pas pertinents ?

De l'autre côté, les opposants aux caméras dénoncent un coût non négligeable pour les finances publiques, l'atteinte à la vie privée de citoyens qui se retrouvent filmés parfois sans le savoir et, surtout, une efficacité qui reste à démontrer. Faute de statistiques officielles en France hormis un audit controversé publié en 2009 par le ministère de l'Intérieur, il fallait jusqu'à présent regarder à l'étranger pour constater que les résultats étaient finalement bien maigres. Une récente étude réalisée pour la première fois en France par le sociologue Laurent Mucchielli dans trois villes de tailles différentes confirme que les résultats escomptés sont loin des promesses et que la vidéosurveillance sert de plus en plus d'autres fins, comme la vidéoverbalisation.

Si la CNIL gardienne des libertés publiques, a décidé de tirer la sonnette d'alarme il y a quelques jours, c'est parce que la vidéosurveillance est en train de changer de nature. Associée à des bases de données biométriques, combinée à de puissants algorithmes, transformée en dispositif portatif et collaboratif, la vidéosurveillance a profondément évolué. Elle est désormais plus présente dans nos vies, plus puissante, et plus intrusive. Les technologies ont fait des bonds de géant, la réalité a rattrapé la fiction, celle du film fascinant et inquiétant Minority Report de Steven Spieberg dans lequel Tom Cruise est reconnu et traqué par des caméras où qu'il aille. Cette vision d'un monde technologique totalement sous contrôle, dénoncé par George Orwell dans son livre 1984, et dont on a eu un premier aperçu en Allemagne de l'Est où la Stasi surveillait tout, est déjà à l'œuvre en Chine, en passe de devenir un État «Big Brother » avec ses 176 millions de caméras…

Face à cette nouvelle donne, il y a effectivement urgence, comme le réclame la CNIL à ouvrir un débat démocratique, non pas pour interdire la vidéosurveillance mais pour bien en mesurer les enjeux et trouver le juste équilibre entre les impératifs de sécurisation et la préservation des droits et libertés de chacun.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 8 octobre 2018)

Esprit critique

cerveau


C'est, avec les Journées du patrimoine, l'un des rendez-vous les plus prisés des Français, petits et grands : la Fête de la science, initiée par Hubert Curien en 1991, entame pour une semaine sa 27e édition ce samedi. Presque une génération de partage, de découvertes, de questionnements, d'étonnements entre des scientifiques qui, exceptionnellement, ouvrent leurs laboratoires avec l'envie de montrer et d'expliquer leurs travaux, et un grand public fasciné et curieux de voir ce qui se fait derrière les portes d'institutions qui intimident toujours le citoyen lambda. Entre les deux, de nombreux passeurs de sciences comme les appelait le Nobel de physique Georges Charpak, qui font, tout au long de l'année d'ailleurs, une remarquable œuvre de vulgarisation scientifique, de médiation à coups d'ateliers ou de conférences, notamment dans les écoles, partout en France et bien sûr en Occitanie, notre région riche de 29 400 chercheurs.

Mais cette année, la fête se fait aussi plus grave en mettant l'accent sur une mission essentielle au point d'en faire son thème principal : la lutte contre les idées fausses. Alors que la société n'a jamais été aussi technologique, que l'information n'a jamais autant circulé, 79 % de la population française croiraient au moins à une théorie du complot selon une récente enquête de la fondation Jean-Jaurès. Ces théories, qui assurent que la Terre est plate, que l'Homme n'a jamais marché sur la Lune ou que son origine se trouve dans un fumeux « intelligence design » ne se cantonnent plus à quelques cercles complotistes très actifs sur les réseaux sociaux. Elles sont parvenues au cœur du pouvoir aux Etats-Unis avec l'élection de Donald Trump. Outre-Atlantique, climatosceptiques et créationnistes sont, désormais, à des postes clés de l'administration, comme l'Agence de l'énergie, coupant là le budget de certains laboratoires, imposant partout une chappe de plomb sur les scientifiques. Des scientifiques qui ont – c'est heureux – trouvé le soutien de citoyens pour organiser d'inédites et historiques Marches pour la science.

Ces marches ont connu un réel succès aux Etats-Unis, mais aussi ailleurs dans le monde. Car le fait scientifique est de plus en plus contesté, attaqué frontalement comme avec les opposants aux vaccins, ou, plus indirectement, quand des lobbys tentent d'influer l'action politique avec des études biaisées. Il est donc urgent de replacer au cœur de la société la démarche scientifique, qui fait, elle, la différence entre un fait et une opinion, une rumeur ou une croyance. À l'heure des « fake news » – désormais rebaptisées infox –, le gouvernement a donc eu raison, cette année, de mettre l'accent sur la lutte contre ces idées reçues qui constituent un réel danger pour la démocratie.

La Fête de la science est, dès lors, non seulement un moment festif, mais aussi un outil pour développer l'esprit critique, le doute raisonné, le progrès éclairé contre tous les obscurantismes.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 6 octobre 2018)

En finir avec la malbouffe



Chacun se souvient du film de Claude Zidi « L'aile ou la cuisse » où le patron d'un guide gastronomique, campé par Louis de Funès, embarquait son fils, joué par Coluche, dans l'usine du redoutable Tricatel, incarné à l'écran par le truculent Julien Guiomar. Dans cette usine ultramoderne, le père et le fils voyaient alors se transformer des pâtes douteuses bien chimiques en de jolis poulets rôtis ou des poissons qu'on aurait dits pêchés du jour mais qui étaient aussi artificiels que peu goûteux. Dans ces années 70, Zidi avait ainsi choisi la comédie, voire la satire, pour dénoncer le revers de la médaille de la nourriture industrielle en plein essor : la malbouffe.

Un peu plus de vingt ans après ce film-culte, c'est en Aveyron, le 12 août 1999, que José Bové s'en prenait à McDonald's en « démontant » le fast-food qui était en construction à Millau. Là aussi, le paysan du Larzac et ses amis de la Confédération paysanne s'en prenaient à la malbouffe, non pas seulement dans une bataille pour le goût des bons produits, mais aussi dans un combat de longue haleine contre les multinationales de l'agroalimentaire et la grande distribution qui épuisent éleveurs et producteurs, et dupent souvent le consommateur avec un marketing très étudié.

Le rapport parlementaire sur l'alimentation industrielle présenté hier à l'Assemblée nationale dénonce, au-delà du goût et de l'impact socio-économique, un 3e aspect essentiel de la malbouffe : ses conséquences sur notre santé, pour ne rien dire de la souffrance animale qui en est un 4e. Ce n'est certes pas la première fois qu'on est alerté, notamment par les chercheurs et le milieu médical, sur la nocivité pour la santé de la présence de sel ou de sucre en trop grande quantité dans tel ou tel produit, de colorants, de conservateurs, de stabilisateurs, d'émulsifiants, etc. À telle enseigne que la semaine dernière, l'ONG Foodwatch a tiré la sonnette d'alarme sur l'ensemble des aliments « cachés » et d'origine animale que nous consommons dans les produits agroalimentaires industrialisés du quotidien.

Le rapport de la dernière commission d'enquête – pas encore enterré – présidée par Loïc Prud'homme, député La France insoumise de Gironde, bâti après 6 mois de travail et une quarantaine d'auditions, va cependant plus loin, car il aborde le problème dans sa globalité. Il fait, en effet, des propositions qui touchent à la fabrication des produits, à l'éducation des consommateurs, à la publicité, à la lutte contre les inégalités sociales ou encore à la recherche. Cette approche globale, frontale presque, est peut-être à même de créer un électrochoc salutaire à un moment clé où les Français se soucient de plus en plus de savoir de quoi sont faits les produits qu'ils achètent. Le succès des applications décryptant les ingrédients des produits est d'ailleurs là pour démontrer cette volonté de transparence pour manger mieux. Une volonté qui, incontestablement, en appelle désormais à une volonté égale et au courage des parlementaires et du gouvernement pour traduire très concrètement dans la loi, face à des lobbys de l'agroalimentaire aussi puissants que réfractaires, des mesures contraignantes qui apparaissent plus que jamais nécessaires.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 27 septembre 2018)

Entre rigueur et bienveillance



Le 10e Baromètre de l'Absentéisme et de l'Engagement, réalisé par le cabinet Ayming et publié hier, est doublement précieux. D'une part, il montre, en effet, que pour la troisième année consécutive, le taux d'absentéisme en France a repris sa progression, passant de 4,59 % en 2016 à 4,72 % en 2017, soit en moyenne 17,2 jours d'absence par an et par salarié (contre 16,8 jours en 2016). D'autre part, il souligne surtout la grande disparité des situations. L'impact des arrêts de travail varie ainsi en fonction de multiples critères : le secteur professionnel du salarié, la région dans laquelle il travaille, son âge, s'il s'agit d'un homme ou d'une femme, s'il est depuis longtemps dans l'entreprise ou s'il est jeune embauché, etc. Autant d'éléments qui, mis bout à bout, invitent à la prudence et à la pondération lorsqu'il s'agit de s'exprimer sur les arrêts de travail et les arrêts maladie, notamment lorsque l'on cherche à en établir les causes et à trouver des remèdes.

Le constat réalisé chaque année par Ayming, mais aussi par des rapports de la Cour des comptes ou de la Sécurité sociale, montre bien sûr le coût important des arrêts maladie pour les finances publiques. En un an, entre février 2017 et janvier 2018, les indemnités journalières en cas d'arrêt de travail avaient augmenté de 5,2 %, selon les données de la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam). Au total en 2017, les arrêts maladie ont coûté la bagatelle de 10,3 milliards d'euros au régime général. C'est beaucoup. Il n'est donc pas illogique que le gouvernement cherche à réduire ces sommes qui pourraient être redéployées ailleurs dans le système de santé, par exemple dans les hôpitaux. Mais il faut alors se garder de toute stigmatisation des uns et des autres, que ce soient les médecins prescripteurs (ulcérés par les récents propos d'Agnès Buzyn expliquant que 15 % des arrêts maladie contrôlés sont des abus), les salariés (un peu vite accusés d'être des tire-au-flanc) voire les patrons (qu'Édouard Philippe envisageait, avant d'y renoncer, de mettre à contribution pour payer les indemnités, autant dire une double peine). Il est à cet égard heureux de voir que le gouvernement a décidé de lancer une mission pour faire un diagnostic en entendant tout le monde.

Mais s'attaquer au problème des arrêts de travail doit aussi être l'occasion de s'interroger sur la réalité du travail et le rôle de l'entreprise. Car si les arrêts maladie découlent bien sûr de problèmes médicaux que rencontrent personnellement les salariés, ils relèvent aussi du rapport qu'ils ont avec leur travail et au travail. La charge de travail, l'ambiance générale, les méthodes de management jouent un rôle clé dans le degré d'engagement et de motivation du salarié. Outre la maladie, ils sont alors un élément déclencheur d'arrêts de travail.

« Les entreprises survalorisent le collectif quand elles sous-valorisent un individu dont l'autonomie et la singularité peuvent inquiéter », écrivent Julia de Funès et Nicolas Bouzou dans un livre paru mercredi « La comédie (in)humaine ». De fait, pour parvenir à les contenir, il faut sans doute aborder les arrêts maladie avec autant de bienveillance que de rigueur…

(Editorial paru dans La Dépêche du Midi du 7 septembre 2018)

Belle prise

Photo by Sebastian Pociecha on Unsplash
La photo, publiée sur le compte Twitter de la fédération nationale des chasseurs, avait fait sensation. Le 15 décembre dernier, en pleine nuit, Emmanuel Macron était venu saluer des présidents de fédérations de chasse ayant traqué le sanglier lors d'une « battue de régulation » sur le domaine du château de Chambord, organisée par l'Office national de la chasse et de la faune sauvage. Une première pour un président de la République depuis au moins quarante ans. Pour Emmanuel Macron, qui fêtait alors ses 40 ans, il s'agissait là de délivrer un message limpide sur sa vision de la chasse. Vision historique, environnementale et, bien sûr, politique.

Vision historique, d'évidence. Emmanuel Macron, depuis son élection, s'est attaché à redonner du lustre à la fonction présidentielle en usant – au risque de s'attirer des critiques en dérive monarchique – de tous les fastes patrimoniaux de la République. Le Louvre, Versailles et donc Chambord, dont le domaine forestier giboyant fut aussi celui des chasses présidentielles que même François Mitterrand – qui détestait la chasse – se retint de supprimer. Durant la campagne présidentielle, le candidat Macron avait promis de rouvrir ces chasses présidentielles supprimées par Nicolas Sarkozy en 2010 et de faire de Chambord un outil diplomatique au service du rayonnement de la France. « Je serai le Président qui développera la chasse, vous pourrez toujours compter sur moi », avait lancé, ce soir glacial de décembre, Emmanuel Macron au tableau de chasse, se posant en héritier de François Ier, le « père des veneurs. » Mais le Président, féru d'Histoire, sait aussi que le droit de chasse est devenu un acquis du peuple depuis la Révolution de 1789…

Vision environnementale, assurément. Dès janvier 2017, Emmanuel Macron, issu d'une famille qui compte des chasseurs, insistait sur la « dimension ancestrale de la chasse » et notamment son rôle dans « la préservation de la biodiversité. » Loin de la caricature du chasseur tirant sur tout ce qui bouge, donc ; loin aussi de la majorité des Français qui, dans un récent sondage, disaient ne pas se sentir en sécurité dans la nature en période de chasse ; loin, enfin, des arguments des écologistes qui voient dans les chasseurs, justement, une menace pour la biodiversité. Emmanuel Macron devra manier le « en même temps » pour concilier ces positions irréconciliables…

Vision politique enfin. Même si la cartographie du vote des chasseurs – 1,2 million – est très loin d'être uniforme et recouvre toutes les familles politiques, Emmanuel Macron a vu très tôt l'intérêt qu'il y avait à ne pas froisser les chasseurs, qui constituent un puissant lobby. Pour celui que d'aucuns ne voient que comme le Président des villes et des start-up, pour les élus ruraux qui s'estiment maltraités par l'exécutif depuis un an, les chasseurs peuvent permettre à Emmanuel Macron de renouer avec les territoires où La République en marche est encore mal implantée.

À un an des Européennes et à deux ans des municipales, la réforme de la chasse engagée hier se comprend ainsi à travers cette triple lecture. Une réforme qui, pour le Président, fait des chasseurs une belle prise.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du 28 août 2018)

Bon élève

Jean-Michel Blanquer. Photo MEN


En présentant Alain Juppé à sa succession à la présidence du RPR, en 1994, Jacques Chirac avait qualifié le futur maire de Bordeaux de « meilleur d'entre nous. » Vingt-quatre ans plus tard, Emmanuel Macron pourrait sans fard reprendre à son compte la formule devenue célèbre pour l'appliquer à son ministre de l'Éducation nationale. Car en un peu plus d'un an, Jean-Michel Blanquer est devenu une pièce maîtresse pour le président de la République. Alors qu'un récent sondage montrait qu'un tiers des ministres du gouvernement d'Édouard Philippe est quasi totalement inconnu des Français, Jean-Michel Blanquer est, lui, très vite sorti de l'anonymat à peine installé rue de Grenelle, devenant un ministre phare du gouvernement, plébiscité à droite et parfois à gauche, plutôt apprécié par les syndicats enseignants et les parents d'élèves, habitués des Unes laudatives des hebdomadaires et très apprécié de Brigitte Macron.

C'est que l'ancien haut fonctionnaire, plusieurs fois recteur, qui a fait toute sa carrière au sein du ministère de l'Éducation nationale, notamment à l'époque de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy, est aujourd'hui le bon élève du macronisme, incarnant mieux que n'importe lequel de ses collègues le «en même temps» qui a porté Emmanuel Macron à l'Élysée. À droite, Blanquer est salué pour son discours sur des valeurs conservatrices comme l'uniforme à l'école, la dictée quotidienne, la défense des langues mortes, le choix de la méthode syllabique pour l'apprentissage de la lecture, le retour de la semaine à quatre jours après la controversée réforme des rythmes scolaires, ou encore ses positions sur le portable à l'école ou l'écriture inclusive. À gauche, on reste beaucoup plus prudent, reconnaissant toutefois, mais du bout des lèvres, quelques mesures plus sociales comme les classes de CP à 12 élèves dans les zones REP + ou la prime de 3 000 € promise aux professeurs dans ces mêmes quartiers.

Après un an d'exercice, les enseignants portent, eux, un regard plus contrasté sur le ministre, observant, parfois avec intérêt, ses initiatives sur les programmes scolaires ou son appétence pour des sujets comme les neurosciences, mais restant inquiets sur le traitement qu'il leur réserve en termes de revalorisation salariale notamment. Jean-Michel Blanquer peut enfin aussi se targuer du regard porté sur son action par ses prédécesseurs qui saluent sa détermination à réformer le «mammouth». Jack Lang parle ainsi d'un «homme de qualité», Xavier Darcos d'un homme «nettement mieux préparé que lui (ne l'a été) pour faire le job».

Si Jean-Michel Blanquer met volontairement en avant son profil de technicien pragmatique, de spécialiste au-dessus de la mêlée, éloigné des chapelles qui lestent l'Éducation nationale, il n'en reste pas moins qu'il est aussi – et de plus en plus – un ministre politique. Un ministre au parcours idéologique marqué à droite, dont les positions peuvent se faire parfois beaucoup plus dures et dogmatiques que bienveillantes, par exemple lorsqu'il s'agit de pourfendre les pédagogistes réputés de gauche ou de détricoter sans ménagement l'action de celle qui l'a précédé, Najat Vallaud-Belkacem.

Celui dont l'entourage dit qu'il n'a d'autre ambition que de rester cinq ans dans son ministère – ce qui serait historique – devra alors se garder du péché d'orgueil qui caractérise parfois les «meilleurs d'entre nous» : celui de croire, seul, avoir raison sur tout.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du 22 août 2018)

Eldodaro solaire

En misant désormais massivement sur l'énergie solaire, photovoltaïque essentiellement, mais aussi thermique, l'Humanité effectue comme un retour aux sources. Le soleil, déifié par les Égyptiens, la mythologie grecque ou romaine, les Aztèques ou les Incas, a accompagné de tout temps les hommes dans leur quotidien, leur apportant la vie avec son immense énergie, inépuisable, renouvelable. La seule d'ailleurs dont ont disposé les habitants de la Terre pendant des siècles avant que ceux-ci ne découvrent le charbon, le gaz puis l'atome. Mais le regain d'intérêt pour le solaire en ce début du XXIe siècle recèle de multiples enjeux : environnementaux évidemment, mais aussi politiques et diplomatiques, économiques et industriels.

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Enjeu environnemental, c'est bien sûr l'un des principaux atouts de l'énergie solaire. Face au réchauffement climatique et à l'urgence de limiter les émissions polluantes de gaz à effet de serre ou de CO2, les énergies renouvelables apparaissent comme une bonne solution. Par exemple, l'émission de CO2 d'un système photovoltaïque en France métropolitaine, s'élève à 55 g de CO2 par KWh produit. Et un tel système, dont les matériaux sont recyclables à 85 %, produit 10 à 30 fois l'énergie dépensée pour sa fabrication tout au long de son cycle de vie, selon l'Ademe. Pas étonnant, dès lors, que les pays participants à la COP 21 en décembre 2015 à Paris aient lancé l'Alliance solaire internationale (ASI). Cet organisme vise à créer une plate-forme de coopération entre les pays développés disposant de technologies dans le solaire et les 121 pays, notamment en développement, situés entre les tropiques du Cancer et du Capricorne.

L'intérêt écologique rejoint alors l'enjeu diplomatique puisque ce sont la France et l'Inde qui ont officiellement lancé en mars dernier l'Alliance et sont en première ligne sur le dossier, à l'heure où les États-Unis de Donald Trump se sont retirés des accords de Paris. L'objectif de l'Alliance, particulièrement ambitieux puisqu'il s'agit de mobiliser 1 000 milliards de dollars et de développer 1 000 GW de capacités solaires d'ici 2030, aiguise aussi les appétits.

Car derrière le développement du solaire se joue une bataille économique et industrielle mondiale, avec à la clé des millions d'emplois. La Chine y joue un rôle déterminant – six des dix plus grands fabricants de panneaux photovoltaïques sont chinois – d'autres pays comme Israël y apportent leur science.

Incontestablement la France a une carte à jouer. La patrie du physicien Antoine Becquerel, qui a découvert au XIXe siècle l'effet photovoltaïque, est, en effet, une pionnière du solaire. Le savoir-faire français s'était d'ailleurs illustré en Occitanie, en 1970, avec le four solaire d'Odeillo, près de Font-Romeu, l'un des plus grand du monde. En prolongeant la recherche scientifique avec l'Institut national de l'énergie solaire (Ines), en favorisant le développement d'une filière, en créant le cadre réglementaire capable de convaincre les Français, la France pourra tirer parti de cet eldorado à venir.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du 21 août 2018)

Positiver

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De Séville à Toulouse, de Vienne à Nîmes, de Berlin à Montpellier, c'est toute l'Europe qui suffoque sous les 40° d'une chaleur caniculaire qui devrait – espère-t-on – s'achever cette semaine, ce soir peut-être. Cette canicule aux conséquences bien concrètes sur la vie quotidienne, sur les organismes des plus fragiles d'entre nous, sur le rythme de l'économie, sur l'environnement avec la pollution atmosphérique qui s'ensuit ou encore sur le rendement des récoltes à venir, notamment de blé, illustre ce réchauffement climatique qui bouscule notre météo et notre façon de vivre. Vagues de chaleur ici, vagues de froid ailleurs à d'autres moments de l'année, fonte des glaces, hausse du niveau des mers, augmentation de l'intensité des ouragans. N'en jetez plus. Le yoyo climatique charrie son lot de catastrophes angoissantes. Autrefois cantonnés dans des films à grand spectacle, ces phénomènes climatiques semblent désormais aussi nombreux que nous nous sentons démunis face à eux.

Certes, après des décennies de négociations, la quasi-totalité des pays du monde s'était mise d'accord lors de la conférence sur le climat de Paris en 2015 pour limiter à 2 degrés la hausse des températures d'ici 2050. Mais cet objectif, auquel les États-Unis de Donald Trump ont renoncé en sortant de l'accord international, semble non seulement de plus en plus difficile à réaliser, mais aussi bien insuffisant pour répondre à l'urgence de la situation qui nécessiterait des mesures aussi contraignantes qu'impopulaires. Surtout, il est trop éloigné de notre quotidien et ne signifie finalement pas grand-chose pour l'opinion publique.

Pour autant le dérèglement climatique doit-il ne susciter que peurs et fatalité ? Ne peut-il pas être, a contrario, une extraordinaire opportunité pour changer nos comportements, trouver des solutions plus concrètes et immédiatement applicables ? Cette thèse est portée depuis plusieurs années par l'entrepreneur environnementaliste américain Paul Hawken, à l'origine du projet Drawdown (réduction) qui mobilise des scientifiques pour modéliser 100 solutions les plus efficaces pour lutter contre le réchauffement. Surtout Hawken, qui estime que l'Humanité est à la fois la cause et le remède du dérèglement climatique, tient un discours qui est tout sauf fataliste et anxiogène, et appelle les habitants de la Terre à se réveiller. Faire du réchauffement une bénédiction pour changer le monde plutôt qu'une malédiction difficilement conjurable : voilà un discours qu'on aimerait entendre plus souvent.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du 7 août 2018)

Nouveau monde

soleil


36,6° à Montréal le 2 juillet. 41,1° à Kumagaya au Japon le 23 juillet. 48,9° à Chino dans l'agglomération de Los Angeles le 6 juillet, un record. 52,9° dans la Vallée de la Mort aux États-Unis le 24 juillet. Et même 25,2° sur le littoral de la mer de Barents, en Scandinavie, du jamais vu. Mais aussi plus près de nous, en Occitanie, 35° et 37° dans les Pyrénées-Orientales et l'Aude cette semaine, 36° à 39° dans l'Hérault ou le Gard. Sans compter les températures des jours à venir qui devraient tutoyer les 40° dans notre région…

Les épisodes caniculaires s'enchaînent cet été partout dans le monde, et il n'y a guère plus que Donald Trump et les climato-sceptiques pour nier la réalité d'un réchauffement climatique aux conséquences redoutables et bien concrètes pour l'environnement comme pour l'humanité. Des conséquences qui dessinent d'évidence un nouveau monde auquel les habitants de la Terre vont devoir s'habituer et, surtout s'adapter du mieux possible.

La hausse des températures crée, en effet, les conditions propices à de terribles sécheresses et au déclenchement d'incendies meurtriers comme on l'a vu tout récemment en Grèce ou en Californie, mais aussi à de nombreux phénomènes (montée des eaux, disparition d'une espèce animale sur six, recrudescence de maladies, etc.) qui conduiront à 250 millions de réfugiés climatiques dans le monde en 2050.

La hausse des températures met aussi directement en danger des millions de personnes. Selon une étude scientifique publiée l'an dernier par la revue Nature, 30 % de la population mondiale est exposée, au moins vingt jours par an, à des températures et de l'humidité au-delà du seuil létal. Un taux qui grimperait à 48 % en 2100 si on parvient à réduire les émissions de gaz à effet de serre… et à 74 % si elles continuent à augmenter…

Selon plusieurs scénarios, d'ici 2050 – autant dire demain –, la France pourrait présenter des températures très élevées : 40° à Paris et jusqu'à 43° à Nîmes… De quoi bouleverser notre vie quotidienne, à la maison comme au travail, ainsi que la physionomie de nos régions, et, entre autres, notre vignoble…

Est-il trop tard pour réagir ? En 2015, la COP21 était parvenue à arracher un accord mondial : un objectif de maintenir le réchauffement climatique à moins de 2°. La prise de conscience étant acquise, il y a maintenant urgence de passer des paroles aux actes pour que le nouveau monde qui arrive ne soit pas un enfer climatique…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du 2 août 2018)